Designer originaire de Montpellier, Samy Rio inscrit son travail dans une approche locale et responsable à travers laquelle industrie et artisanat travaillent de concert pour concevoir autrement les objets du quotidien. Résidences, territoires d’exploration et projets futurs…il nous explique plus en détails sa démarche.

Bonjour Samy, tu as suivi une formation d’ébénisterie et ensuite de design industriel ?
J’ai étudié l’ébénisterie durant quatre ans à Uzès avant d’intégrer l’École nationale supérieure de création industrielle à Paris pour me former au design industriel pendant cinq années. C’est à ce moment-là que je me suis intéressé aux interactions entre le monde industriel et artisanal afin de développer de nouveaux champs d’action avec des matériaux innovants tout en m’inscrivant dans une démarche éthique et responsable.

Tu as d’ailleurs terminé ta formation avec un projet qui a retenu l’attention du jury…
Je suis sorti diplômé de l’ENSCI en 2014 avec un projet de recherches sur l’industrialisation des tubes de bambou qui m’a donné pas mal de visibilité et permis de fonder mon studio en 2015. C’est un matériau sous utilisé en France et en Europe mais qui tient une place importante en Asie par exemple où il devient une matière première de choix pour la création de différents types d’objets. Il possède des propriétés naturelles hallucinantes et reste très bénéfique en matière d’écologie donc mon idée était de partir d’une page blanche pour explorer toutes ses propriétés créatives et le manufacturer pour créer une lampe, un sèche-cheveux ou des enceintes par exemple.

Le bambou constitue l’un des principaux matériaux que tu utilises…
Pas exactement, le bambou fait partie des matériaux avec lesquels j’ai conçu certains de mes objets mais c’en est un parmi d’autres. Je ne veux pas être étiqueté comme étant un designer utilisant uniquement le bambou. Il n’existe pas de mauvais matériau selon moi, la question est davantage de savoir comme on les utilise de manière plus responsable et durable.

Tu as fait pas mal de résidences justement….
Effectivement, les résidences m’ont permis de m’inscrire sur un territoire et de développer des projets sur un temps donné avec des espaces et outils mis à ma disposition, tout en étant en relation directe avec différents acteurs comme des chercheurs ou des artisans. Je suis allé au Cirva à Marseille, à la cité de la céramique à Sèvres en région parisienne ou encore au NTCRI à Taïwan. Et puis Arles également. Ce sont des expériences très enrichissantes qui permettent de découvrir de nouveaux horizons de création.

Actuellement, tu es installé à Arles où tu as mené un projet sur les plantes exotiques envahissantes…
J’ai terminé ma résidence à l’Atelier Luma qui a duré près de deux ans et demi. J’ai travaillé sur un projet autour des plantes exotiques envahissantes dont l’objectif était de développer une proposition commune sur un territoire donné, en l’occurrence le Sud de la France et la Camargue plus précisément. Ces plantes en question sont dangereuses pour l’environnement et colonisent leur milieu jusqu’à tuer les autres plantes. Au lieu de les arracher et de les brûler sur place comme cela se fait en temps normal, nous avons décidé de les récupérer et de les étudier pour créer de nouveaux débouchés. Toutes ces plantes sont issues de la Camargue, des Cévennes et du Parc des Calanques. Entouré de laboratoires en agronomie, de chercheurs, d’association et autres artisans, j’ai travaillé sur le développement d’une nouvelle filière de production d’un matériau pouvant servir à fabriquer des objets et du mobilier.

Tu as notamment créé une collection au fil de ce projet à l’Atelier Luma ?
La collection Gardon par exemple est entièrement composée de deux matériaux à base d’espèces de renouée du Japon et de robinier, deux plantes invasives qui sont récoltées le long de la rivière le Gardon dans le Parc national des Cévennes. La récolte et la production des objets sont faites avec un chantier de réinsertion.

Il y a une vraie réflexion dans ta démarche sur la manière dont les objets sont créés et fabriqués… avec une prise en compte des enjeux environnementaux….
Ils ont aujourd’hui une place prépondérante dans notre société et davantage dans le monde du design à mon sens. Ce n’est pas qu’une tendance et mon travail s’inscrit évidemment dans une démarche de responsabilité et de durabilité. En tant que designer, il me parait important aujourd’hui de se poser ces questions et d’essayer de remettre à plat la manière dont on fabrique les objets et le mobilier. C’est ce que j’essaye de faire à travers ma pratique. Il faut limiter l’usage de ressources polluantes, réfléchir à la traçabilité et mieux valoriser les savoir-faire locaux.

Quels sont tes projets actuellement ?
Je me suis récemment lancé dans un nouveau projet de recherches dans les forêts cévenoles. L’idée est d’étudier ces milieux pour faire naitre une nouvelle filière de production de bois et valoriser l’artisanat, dans une démarche écologique de proximité toujours. Nous voulons créer une gamme de matériaux composites pouvant servir par exemple au réaménagement de bâtiments agricoles de la région. Je collabore également avec un cabinet d’architectes sur la création d’un mobilier pour le Grand Palais à Paris. Nous travaillons sur différents points comme le sourcing des matériaux et leur utilisation le bois et la terre cuite, l’aménagement de l’espace… pour intégrer une proposition visuelle différente et des pièces durables au cœur de lieux publics comme celui-ci.

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