Le duo créatif Low Bros signe la couverture de ce numéro hivernal et nous présente pour l’occasion ses dernières productions. Entre réalisations murales et peinture sur toiles, les deux frères installés en Allemagne nous parlent des leurs inspirations, de leurs collabs, et vont même un peu plus loin…

Hello Low Bros, comment ca va ?
Chris : On va bien ! On a pris un peu le soleil dans le sud de la France fin novembre où on a peint un mur, avant de retrouver Hambourg et son climat gris et pluvieux. Mais heureux d’être de retour dans le studio pour reprendre le processus de création.

Qui êtes-vous et que faites-vous ?
Florin : On est Chris et Florin Schmidt, deux frères originaires de Hambourg en Allemagne et on travaille ensemble sous le nom de Low Bros. Même si notre travail se concentre principalement sur la peinture sur toile et les murs, on aime également explorer différents médias comme la sculpture, les installations et tout ce qui touche au domaine numérique.

Ça vient d’où « Low Bros » ?
C : Le nom est lié à notre histoire dans le graffiti et le skate, mais il raconte aussi que nous sommes tout simplement frères.

Comment vous travaillez à deux ?
F : Travailler conjointement nous semble tout à fait naturel et intuitif. Comme quand on était enfants et qu’on jouait ensemble, mais avec un peu plus d’expérience et de professionnalisme (rires).
C : On échange beaucoup sur les idées et les concepts que l’on imagine soit à travers des esquisses individuelles qu’on partage ensuite ensemble, ou alors on réalise des croquis rapides et grossiers communs qu’on développe ensuite plus en détails.

Vos principales techniques ?
F : On travaille principalement à main levée et avec des bombes de peinture pour les projets muraux. Et pour les toiles, on masque les différentes parties et on peut mixer les techniques.
C : Au départ, on fait un croquis sur papier, on le finalise sur l’ordinateur et on le reproduit ensuite sur mur à l’aide d’un crayon et d’un spray, en utilisant aussi un niveau à bulle et un bâton de jardin pour transférer les mesures précises de notre croquis numérique.
F : On a mis beaucoup de temps à essayer différentes techniques pour déterminer ce qui fonctionne le mieux pour nous. Au début, il s’agissait de nous prouver à nous-mêmes qu’on avait les compétences créatives pour réaliser nos projets, pendant que le concept et les idées évoluaient toujours plus.

Qui sont vos clients ?
C : Habituellement, on ne désigne personne comme un client, mais plutôt comme un partenaire. On collabore principalement avec des institutions et des galeries et on fait de moins en moins de travaux commerciaux ou liés à des marques.
F : Quelques exemples seraient l’ambassade d’Allemagne, le Goethe Institute, différents festivals et galeries murales comme mentionné, mais on a tout de même travaillé avec Apple et Nike récemment. Quel que soit le projet, on est toujours ouverts à des collaborations passionnantes.
C : On est toujours assez pointilleux lorsqu’il s’agit d’un travail commercial, on a vraiment besoin de garder notre intégrité lors des collaborations avec les marques. Mais on constate un développement positif dans la perception de notre forme d’art de la part de celles-ci, ce qui garantit une coopération sur un pied d’égalité. Pour être honnête, c’était une route assez rocailleuse pour y arriver. Mais au bout du compte, tout le monde y gagne…

Votre collaboration la plus inattendue, la plus singulière ?
F : On a réalisé un projet très intéressant et stimulant en collaboration avec la Deutsche Krebshilfe, une organisation qui lutte contre le cancer, l’année dernière à Berlin. On a construit une énorme installation à partir de lampes UV, pour mettre en évidence les effets néfastes des cabines de bronzage. La seule façon de voir l’installation, un soleil planant sur une pyramide érodée, nécessitait de faire porter aux visiteurs des combinaisons de protection spéciales.
C : Ce projet a été créé en coopération avec l’agence de communication Heimat, un vrai défi à réaliser dans les limites du budget et du calendrier.

Celle dont vous rêvez ?
C : On aimerait un projet qui ne se limite pas à une seule œuvre d’art, mais plutôt à quelque chose comme un « bouquet de fleurs » dans lequel les pièces deviennent un tout.
F : En dehors du monde de l’art, on serait très intéressés par de grandes collaborations dans l’univers de la mode. Quelque chose qui irait d’une collection capsule jusqu’à une scène de défilé.

Un artiste incontournable ?
C : On a vu récemment l’exposition d’Andreas Schmitten à Berlin. Ses sculptures futuristes à grande échelle étaient absolument fascinantes ! L’imagerie, l’ambiance et la mise en œuvre parfaite. L’expo est déjà terminée, mais si vous en avez l’occasion, essayez d’aller voir son travail.

Une œuvre d’art iconique ?
F : On a été impressionnés par une installation de l’artiste germano-syrien Manaf Halbouni à Dresde, en Allemagne. Il a placé trois bus allemands face vers le haut dans le centre de la ville, destinés à rappeler la guerre en Syrie, les bus étant utilisés comme des barricades dans les rues d’Alep.
C : L’emplacement où cette installation a été construite, a joué un autre rôle important dans ce travail. Dans cette partie de l’Allemagne, il y a beaucoup de mouvements d’extrême droite qui s’en prennent aux réfugiés. C’est un bon exemple de la façon dont l’art peut interpeller les gens. Comme porter cette guerre et la souffrance des Syriens, directement devant le regard de population plus privilégiées, dans l’espoir de susciter leur empathie.

Un musée à visiter absolument ?
C : Il y a tellement de grands musées, mais on préfère recommander la galerie König à Berlin. Elle est située dans une ancienne église brutaliste avec une immense galerie au dernier étage. Le bâtiment lui-même vaut déjà la peine d’être visité.
F : Ils montrent aussi certains des artistes contemporains les plus intéressants du moment. Et le galeriste Johan König et ses équipes, continuent à chercher de nouveaux talents en dehors des sentiers battus de l’art académique.

L’endroit idéal pour déconnecter ?
C : En essayant d’éviter les vols autant que possible, on a découvert la joie de travailler dans le train.
F : Oui, on a récemment voyagé durant 7 heures en train de Berlin à Varsovie et on avait un compartiment seulement pour nous. Cela ressemblait à la bulle temporelle qu’on a toujours recherchée, une parenthèse où vous appuyez simplement sur le bouton pause.
F : Avec en plus la mauvaise connexion Internet allemande qui renforce le sentiment de déconnexion (rires).

Votre disque du moment ?
F : On aime vraiment le dernier EP du producteur britannique Burial and Blackdown, intitulé Shock Power of Love. Il y a tellement de complexité dans ces productions alors qu’elles sont encore un peu minimalistes. L’atmosphère, la profondeur, la nostalgie. Et le morceau Dark Gethsemane nous a donné la chair de poule.

Un film qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie ?
F : Je pense que le film « Holy Mountain » d’Alejandro Jodorowsky a changé la donne pour nous.
C : On l’a regardé ensemble et on a été époustouflés par la liberté créatrice.
F : Peut-être que la cruauté envers les animaux pourrait rendre difficile un visionnage aujourd’hui.
Le meilleur spot du moment à Berlin ?
F : Oh, celle-ci est difficile, vu qu’il y en a beaucoup. Ce n’est pas forcément le meilleur spot mais c’est en tout cas l’un de nos préférés. C’est « Urban Spree » dans le quartier de Friedrichshain.
C : C’est une grande zone avec un bâtiment qui accueille des studios d’amis artistes, un espace galerie avec une boutique de cadeaux bien choisis, un espace de concert, un club et un mur extérieur avec des peintures murales qui changent régulièrement et qui fait face à une rue bien fréquentée. La zone extérieure accueille un bar à bières, et régulièrement des marchés alimentaires ou des concerts en plein air. On l’a vu grandir depuis le début et on fait maintenant partie de la famille. On y a aussi présenté notre dernière exposition.

Vos projets pour la fin d’année et 2022 ?
C : Après une commande dans un espace de bureaux ici à Hambourg, on se concentre sur nos travaux en studio et on travaillera à nos deux prochaines expositions qui se tiendront en 2022.
F : La première expo sera montée avec la galerie Mirus basée à San Francisco qui a ouvert un autre espace à Denver au Colorado. Il est beaucoup plus vaste que leur premier emplacement, donc on est en mesure de penser grand sur celui-ci. Et on est très excités à l’idée de transformer ce nouvel espace.
C : On s’est également intéressés au monde des arts basés sur la cryptographie : les NFT. Pour nous, il était nécessaire d’avoir une technologie plus écologique, donc on a attendu un certain temps, mais maintenant il semble y avoir assez d’opportunités à explorer.