Parti pour être professeur de biologie, Marc Da Cunha Lopes a finalement choisi de se tourner vers la photographie. Depuis maintenant 15 ans, il collabore avec les agences de communication les plus créatives de la scène parisienne. Et il se consacre aussi à des séries personnelles ultra soignées avec un goût prononcé pour l’expérimentation et les défis techniques.

Bonjour Marc, comment ça va après tout ce grand bazar ?
Ça va bien merci, même si l’activité a été un peu ralentie depuis
quelques mois. Mais les projets se poursuivent avec mes clients à un
rythme différent et certains vont se concrétiser d’ici à la fin de l’année.
Je viens d’ailleurs de terminer une série d’images pour une marque
danoise de vélos électriques. Cette période me laisse aussi du temps
pour me consacrer à mes séries personnelles.

Sciences naturelles…puis Gobelins c’est bien ça ?
Pourquoi ce virage ?

Oui c’est bien ça. J’ai suivi pendant 4 ans des études de sciences
naturelles à la fac dans l’optique de devenir professeur de biologie. En
parallèle, je travaillais sur des projets 3D mêlant images, textures et
collages conçus sur Photoshop, et je réalisais également des illustrations
pour l’édition, il s’agissait principalement de couvertures de livres pour
Pocket ou Gallimard. Puis j’ai fini par me rendre compte que je ne
voulais finalement pas exercer en tant que prof et je me suis lancé
dans le concours d’entrée aux Gobelins où je suis resté deux années.
Cette formation en prise de vue m’a permis de professionnaliser mon
approche de la photo en découvrant le travail en studio, les différents
formats et techniques, l’éclairage, la lumière… Tout ça l’époque de
l’arrivée du numérique. J’ai effectué mon premier stage chez Paul
Goirand, spécialiste des natures mortes avant d’intégrer le milieu de
la pub.

Aujourd’hui, tu collabores principalement avec les agences du pub ?
Je suis arrivé dans ce milieu assez rapidement finalement grâce à de
bonnes rencontres aux bons moments. À l’époque, j’avais présenté
mon book à plusieurs agences de communication qui m’ont très vite
fait confiance pour collaborer sur leurs projets. Ça s’est fait assez
spontanément ce qui serait plus compliqué aujourd’hui pense. Ça
fait donc une quinzaine d’années que je collabore avec ces structures
pour mes travaux de commandes. C’est assez cool car on fait appel à
moi pour mon savoir-faire et tout est super carré, organisé en amont.
Il y a un vrai confort de travail je trouve, c’est ludique et créatif. Il
faut savoir jongler avec les contraintes, les différents intervenants,
les besoins des clients et ça me plait vraiment.

Tu utilises beaucoup la retouche créative avec un certain nombre
de défis techniques…

Oui effectivement, ça m’a toujours intéressé. La post production
fait partie intégrante de mon travail même si je ne fais pas tout tout
seul. Sur les projets publicitaires, je suis plutôt bien entouré avec une
équipe de spécialistes. C’est ce jeu de compositions, d’intégrations
d’éléments dans le décor, de retouches créatives qui est super
intéressant. Il y a souvent de vrais défis techniques à réaliser. Parfois,
je le fais moi-même mais quand c’est plus complexe, je suis bien
épaulé.

Même tes séries personnelles sont super soignées, carrées. On
parle des séries personnelles Vertebrata, La Résonance des
Contours et La Chasse ?

Pour la première, je me suis rendu dans les labos de la fac de Jussieu
où j’avais suivi mes études de biologie. Plusieurs salles où sont
conservées des collections d’animaux empaillés et autres squelettes
sont accessibles aux étudiants et c’est ici que j’ai pu photographier
ces squelettes que j’ai ensuite intégrés dans des lieux abandonnés.
L’objectif était de travailler sur des jeux d’échelles et de mettre
en valeur ces animaux dans des environnements qui ne sont pas
naturels pour eux. Pour la seconde, je suis allé à Lisbonne, au
Museum d’Histoire Naturelle, pour photographier les collections
de cranes et de minéraux.
L’idée était de mettre en relation une pièce de chaque collection
avec une autre selon les formes et les couleurs. Quant à La Chasse, je
voulais mettre en scène une tribu d’enfants vivant avec les animaux,
une sorte de jeu où les rôles se croisent, entre prédateur et proie,
chasseur et chassé.

Tu les exposes en galeries ?
Il m’est arrivé d’exposer mes séries personnelles en galeries mais ce
n’est pas spécialement l’objectif final quand je les produis. C’est avant
tout un plaisir et je ne m’inscris pas dans cette logique. Certains
artistes et photographes ont besoin de créer et de vendre mais ce n’est
pas mon cas et puis on est souvent dépassé par le fonctionnement
du milieu de l’art. Exposer est évidemment toujours intéressant car
ça reste le meilleur moyen de découvrir une oeuvre pour le public
mais je trouve ça plus sympa de le faire dans d’autres types de
lieux. J’aimerais par exemple exposer ma série La Résonance des
Contours dans le musée où j’ai réalisé les prises de vue.

Tu n’es pas un grand utilisateur des réseaux sociaux d’images
comme Instagram ? Quel regard tu portes sur ces outils ?

J’ai mis beaucoup de temps à m’inscrire sur ces plateformes et je ne
poste pas très souvent mes images. Quand on sait que la plupart des
utilisateurs se servent de ces applications sur leur téléphone, cela
me dérange un peu de savoir qu’ils puissent voir mes photos sur un
petit écran. Car la question du format se pose forcément et puis la
façon de consommer les images a beaucoup changé. Je préfère que
l’on découvre mon travail à travers une exposition ou un livre par
exemple. Sur un smartphone ou un écran, la sensibilité n’est pas la
même.

Tes projets en ce moment ? La vidéo ?
Mis à part ce projet autour des vélos électriques, je travaille sur une
série d’images publicitaires à destination des réseaux sociaux pour
une marque d’alcool. Pas mal de choses sont dans les tuyaux comme
des séries personnelles en cours de production. Je mets pas mal de
temps à les produire, cela dure plusieurs mois en général et j’ai envie
aujourd’hui de développer des séries avec une dose plus importante
de spontanéité. Et je fais aussi de la vidéo de temps en temps
mais cela prend beaucoup de temps donc c’est plus compliqué. J’ai
notamment réalisé récemment le trailer d’une série française.

VOIR SON SITE