Considéré comme l’un des plus grands architectes japonais contemporains, Kengo Kuma n’a de cesse de revisiter la tradition nipponne. Véritable chercheur, il réinvente l’usage des matériaux à travers de nouvelles potentialités structurelles et esthétiques pour donner naissance à des projets empreints de légèreté, d’élégance et de simplicité, toujours en phase avec l’environnement qui les accueille.
Musée V&A Dundee

Diplômé en 1979 de l’Université de Tokyo et de l’Université de Columbia à New York, Kengo Kuma collabore plusieurs années avec l’architecte Arata Isozaki. En 1987, il fonde le Spatial Design Studio, qui deviendra, en 1990, Kengo Kuma & Associates dont les bureaux sont implantés à Tokyo. Dès ses débuts, il réinvente l’architecture traditionnelle japonaise et privilégie l’utilisation de matériaux locaux.
Engagé dans la critique de ce qu’il appelle « La Méthode Béton », il désire par-dessus tout trouver une alternative à l’usage de ce matériau qui gouverne le monde de l’architecture et se penche donc sur les qualités plastiques et esthétiques de matériaux alternatifs comme le bois, la pierre, la céramique, le bambou, le vinyle, le verre et le métal. Ses projets deviennent donc de véritables expérimentations conceptuelles prenant en considération l’immatérialité spatiale proposée par la lumière et créant ainsi des environnements complets, où tout se dissout, où les frontières disparaissent. Pour Kuma, l’étude du lieu est essentielle afin d’intégrer l’ouvrage dans son contexte sans perturber son équilibre : « Ce que je veux faire, c’est à chaque fois me rendre sur le site, y trouver quelque chose comme une logique du lieu, et concevoir dans chaque cas sous forme d’architecture quelque chose qui soit véritablement connecté au lieu. »

SHIRO HOUSE

Au début des années 1990, il oriente son travail vers une architecture « perceptible » fondée sur quatre notions essentielles : la capacité des toits et des sols à établir des liens entre nature et édifice, l’assemblage de petits éléments nommés particules qui fractionnent l’espace, l’organisation du bâti à partir de cloisons mobiles et l’utilisation innovante de matériaux de construction vernaculaires.

ODUNPAZARI MODERN MUSEUM

Parmi ses constructions les plus célèbres, de nombreux projets tokyoïtes comme la Plastic House réalisée en 2002 et l’Asakusa Culture Tourist Information Center présenté en 2012. Ses façades décorées font aussi signature comme celles du complexe Wuxi Vanke ou du gratte-ciel Hongkou Soho à Shanghai. On retiendra aussi la Great Bamboo Wall House érigée dans la région de Pékin en 2002, le Yusuhara Wooden Bridge Museum de Tarougawa, des lieux de méditation en bois comme le temple taoïste de Taiwan ou la Méditation House bâtie à Krün en Allemagne l’année dernière.
Mais l’édifice le plus représentatif de son oeuvre est sans conteste la Water/Glass House imaginée en 1995 au Japon : une villa construite face à la mer pensée comme une structure flottante sur une piscine qui descend en cascade depuis le toit, permettant de fondre le bâtiment avec l’eau de l’océan et l’insérant parfaitement dans la nature. Via son studio installé à Paris depuis 2008, plusieurs projets ont pu voir le jour dans l’hexagone comme le Fonds Régional d’Art Contemporain PACA à Marseille dévoilant une architecture qui se caractérise par des façades revêtues de panneaux de verre semi-transparent, ou encore la cité des Arts et de la Culture de Besançon, deux édifices sortis de terre en 2012. Après avoir érigé
le Conservatoire de musique et de danse d’Aix en Provence, il a récemment été choisi pour réaliser la gare de Saint Denis Pleyel qui deviendra une station emblématique du Grand Paris 2023. Et dans l’actualité immédiate, il est le concepteur du stade olympique national de Tokyo qui accueillera les JO en 2021.

Amanpuri, Thailand

Une carrière bien remplie, entre projets architecturaux et enseignement, qui propose une grammaire toute personnelle en parfait accord avec les aspirations actuelles et qui fût maintes fois récompensée dès la fin des années 90 avec entre autres : l’Architectural Institute of Japan le Spirit of Nature Wood Architecture Award en Finlande l’International Architecture Award for the Best New Global Design (2007), et le grade d’officier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française reçu en 2009.

Coeda House