Originaire d’Avignon et aujourd’hui installé dans la capitale, Arnaud Deroudilhe est un créatif au sens large… Vidéos, photos, gifs animés, graphisme, ce touche-à-tout signe des images pour l’industrie musicale et la publicité mais aussi des visuels plus personnels aux frontières de l’absurde. On lui a posé quelques questions pour en savoir plus…

Hello Arnaud, comment ça va ?

Salut ! Ça va plutôt bien ! Merci pour l’invitation, ça fait plaisir.

Retrace-nous un peu ton parcours en quelques mots… J’ai vu que tu avais bossé en agence avant de te lancer seul…

Je suis né et j’ai grandi à Avignon, j’y ai passé un Bac Arts Appliqués et puis je suis parti à Aix, faire une école de communication visuelle. À la fin de mes études, après un court passage par Londres, je me suis installé à Paris et ça fait maintenant plus de 10 ans. J’ai commencé par travailler comme graphiste puis directeur artistique dans une agence de publicité pendant 6 ans. Ça été pour moi comme une sorte de prolongement de mes études, j’ai travaillé sur pas mal de projets très différents les uns des autres qui m’ont permis d’acquérir une certaine expérience. J’ai beaucoup appris sur le fonctionnement du monde du travail, les rouages de la publicité et les différents métiers créatifs qui gravitent autour. Des choses que l’on n’apprend pas vraiment à l’école. En parallèle, de mon travail en agence, je développais pas mal de projets persos, des séries de photos, des gifs et aussi mes premiers clips. L’idée était d’expérimenter, de créer des images sans beaucoup de moyen mais en totale liberté. Ça m’a permis d’avoir un book plus personnel et donné l’ambition de basculer de l’autre côté. Quitter mon travail en agence pour me mettre à mon compte et travailler en tant que photographe et réalisateur pour la pub, les labels de musique et les magazines. La transition a pris un peu de temps, je n’ai pas énormément travaillé l’année qui a suivi mon départ de l’agence. J’ai profité de ce temps pour continuer de nourrir mon book de nouveaux projets persos. Et puis progressivement j’ai commencé à travailler sur des projets et les choses se sont enchainées.

Tu partages ton activité entre photo et vidéo avec pas mal de projets musicaux ?

Oui j’essaye de développer les deux, de manière complémentaire. J’ai des périodes où je fais plus de photos, d’autres où je me consacre davantage à l’écriture et la préparation de projets vidéo. Mais en général quand je tourne, je fais aussi des photos. Les projets musicaux permettent de développer les deux, il n’y a rien de mieux que de gérer toute l’iconographie d’un artiste, de la pochette au clip. Malheureusement, on vient souvent me voir pour l’un ou l’autre mais rarement pour l’ensemble. J’aime vraiment beaucoup travailler pour la musique, ce sont des projets dans lesquels on me donne souvent pas mal de liberté, où je peux expérimenter des choses plus en lien avec mon travail personnel.

Tu fais aussi du graphisme… tu touches à pas mal de disciplines artistiques que tu associes parfois dans tes projets ?

Ma formation a été axée sur le graphisme, en abordant tous les métiers qui l’entourent (la typographie, l’édition, l’identité visuelle, la photographie, la vidéo, l’animation, la publicité, l’illustration, etc.) sans vraiment mettre de frontières entre toutes ces disciplines. Le graphisme est partout, et j’y attache toujours une importance dans la direction artistique de mes projets. Même si maintenant, je ne fais plus vraiment de graphisme à proprement parler, on en retrouve souvent dans mon travail. Que ce soit dans le choix des décors, du stylisme où même la mise en page des crédits pour un clip, j’accorde toujours un regard attentif au graphisme. Et quand il faut faire une fausse affiche de film ou une fausse couverture de magazine pour la déco d’une pub, j’aime bien m’en occuper.

Tu aimes bien faire des GIF aussi ? 

Oui, les GIF c’est un peu ce qui m’a mis le pied à l’étrier en vidéo. J’ai commencé par animer des montages photos que je faisais sur Photoshop, je crois que ma première série de GIF, c’était pour le groupe POOM, je les faisais voyager sur une licorne en référence à leur chanson, « My licorne and me ».  Ensuite j’ai expérimenté un style de gif qui mélangeait des photos découpées et des boucles de vidéos plus ou moins abstraites. J’ai fait mon premier clip entièrement basé sur ce principe, c’était pour le morceau « This Song » de Busy P. L’idée était de réaliser une sorte de « blind test visuel », en travaillant à partir des pochettes des plus grands albums de l’histoire de la musique (et du graphisme). Recadrées de manières à mettre en avant certains détails, le visuel de chaque pochette est réinterprété, certaines parties sont découpées et remplies de boucles vidéo. Cela créé parfois des compositions abstraites, plus ou moins faciles à identifier. C’est après avoir vu défiler plusieurs images, que l’on comprend qu’il s’agit en réalité de pochettes d’album. Et très vite, on se surprend à essayer de deviner à quel groupe, à quel album chaque visuel correspond.

Sur ton site, tu parles très peu des séries. Il y a juste des images sans explication particulière… Je pense à « Junk Fruits » ou « Lost in Location » par exemple. Ce sont des projets persos ?

Sur mon site, je présente mes séries sans forcément les accompagner d’un pavé de texte qui explique le pourquoi du comment, je ne leur donne en général qu’un nom. J’aime bien l’idée qu’elles puissent susciter des interprétations différentes. C’est le cas de « Junk Fruits », qui est effectivement un projet perso. Je n’ai jamais vraiment expliqué ma démarche derrière cette série, on peut y voir différents messages et c’est ce qui fait toute sa force, je trouve.  Pour « Lost in Location » c’est un peu différent, c’est une série de photos et un film que j’ai réalisé pour TheNextDoor. L’idée était de mettre en scène des personnages dans des lieux en total décalage avec leurs actions, ayant pour effet de rendre la scène légèrement absurde. D’où le nom « Lost in Location » avec au passage un petit clin d’œil à un film que j’aime beaucoup.

Tu es représenté par Frenzy Paris, comment se passe cette « collaboration » au quotidien ?

J’ai signé chez Frenzy depuis un peu plus de 3 ans maintenant, ils me représentent à la fois en photo et en vidéo. C’est cette vision transversale entre les deux disciplines qui m’a plu dans cette maison de production. D’un point de vue opérationnel, Frenzy est mon relais auprès des agences et des labels. Les producteurs présentent mon travail et essayent de me vendre sur des projets comme le ferait un agent. Au quotidien, on communique beaucoup avec les producteurs sur mon développement, mes futurs projets et les stratégies à adopter. Il y a aussi une très bonne ambiance avec les autres « talents », on se parle de nos projets, on échange sur nos expériences passées, c’est comme une petite famille.

Qu’est-ce que tu penses d’Instagram et comment l’utilises-tu ?

Instagram c’est super et en même temps c’est un peu flippant. Ce qui est bien, c’est que ça donne un accès direct à plein de choses, ça permet de diffuser son travail et de découvrir celui des autres. C’est devenu un véritable média où tu sélectionnes toi-même le contenu que tu veux suivre. Ça peut être comparable la télévision, on peut perdre son temps à y regarder de la merde toute la journée mais on peut également y découvrir plein de choses hyper enrichissantes, tout dépend de l’utilisation que l’on en fait. Moi j’essaye de pas y passer trop de temps, mais je me surprends à y aller parfois par réflexe… ça fait un peu flipper ! D’un point de vue éditorial, je poste essentiellement des choses en lien avec mon travail et mes voyages. C’est un peu comme une vitrine de mon univers.

Ton actualité et tes futurs projets ?

Je suis sur un projet de clip dont je ne peux pas vraiment parler mais je croise fort les doigts pour que ça se fasse. Je viens de faire la photo de couverture et des images pour le dernier Trax et je viens de terminer une série de photomontages que j’ai appelé « Disruption ».

Une collaboration dont tu rêves ?

J’adorerai faire un clip pour un rappeur US ou une pub avec Michael Jordan.

Les prochains voyages prévus ?

Cette année, j’ai un grand un voyage qui m’attend, celui de devenir papa. Du coup, mis à part certains projets qui pourraient m’amener à voyager dans l’année, je pense que niveau voyages ça risque d’être une année plutôt calme mais pleine d’émotions.

Si tu avais pu créer l’Univers, t’aurais fait quoi ? 

J’aurai mis Saturne, Neptune et Jupiter plus proches de la Terre pour qu’on puisse les voir comme on voit la Lune dans le ciel.

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