Figure de la nouvelle vague du design hexagonal et membre fondateur de Fédération Française de Design, Piergil Fourquié a multiplié les expériences créatives auprès d’agences renommées avant de lancer son propre studio. Cet ancien collaborateur d’Arik Lévy et Philippe Starck, mène aujourd’hui différents types de projets aux cotés de maisons d’édition, de galeries et grandes marques de luxe. Avec pour fil conducteur la transversalité et la valorisation des savoir-faire artisanaux.

Votre parcours vous a amené à explorer divers champs du design et de la création… Aujourd’hui, vous êtes donc en mesure de travailler sur n’importe quel type de projet ? Mobilier, packaging, parfum, cosmétique, céramique, verre…
Effectivement, c’est ce qui caractérise mon parcours. Je suis diplômé en design industriel à l’ENSAAMA et j’ai ensuite obtenu un Bachelor of Art with honors au BIAD en Angleterre. Puis j’ai démarré mon premier vrai job à l’agence Cent Degrés en 2004 dans laquelle je travaillais sur des projets liés à l’univers du luxe notamment la cosmétique et les parfums pour le secteur de la mode et des grands créateurs. J’ai ensuite intégré l’agence Outsign spécialisée dans le mobilier urbain avant de rejoindre le studio d’Arik Lévy durant 7 ans avec qui j’ai collaboré sur des projets de luminaires, d’objets de décoration et autres produits de luxe. Et en 2013, je suis arrivé chez Philippe Starck. Ce fut une expérience très enrichissante car j’ai été amené à imaginer de multiples typologies de produits et je me suis également familiarisé avec la technique d’injection plastique que j’aimerai réutiliser prochainement. Pour résumer, j’ai donc exploré naturellement différents univers créatifs et c’est ce qui constitue mon savoir-faire aujourd’hui.

Philippe Starck bénéficie d’une notoriété internationale et vous avez collaboré avec lui durant deux ans. Ce fut je suppose une expérience particulière ?
Philippe Starck est un designer reconnu mondialement et cela ouvre évidemment des portes car son studio est en mesure de concevoir des projets très différents à différentes échelles, qu’il s’agisse de mobilier, de produits technologiques, de voitures électriques… Pour un designer, c’est une véritable opportunité pour explorer différents champs créatifs, tout comme avec Arik Lévy d’ailleurs qui jouit également d’une renommée internationale.

Dans votre bio, vous évoquez la collaboration privilégiée avec la Galerie Gosserez.
Pouvez-vous nous en parler plus en détails ?
J’ai rencontré, la fondatrice de la galerie, Marie-Bérangère Gosserez, peu de temps avant son ouverture et nous avons noué au fil du temps une relation privilégiée. Cette collaboration qui a notamment donné naissance aux Bulles de verre m’a permis de développer un langage personnel. Ce sont des pièces assez particulières produites en éditions limitées qui peuvent difficilement être produites en série. Il s’agit de créations assez sculpturales qui traduisent une certaine idée du luxe, du travail artisanal… et mettent en valeur différents savoir-faire de manière assez pointue et c’est ce que j’apprécie particulièrement avec la galerie Gosserez.

Vous avez également conçu la bibliothèque Klec pour Monolithe Edition, une pièce vraiment singulière et aérienne…
J’ai voulu dessiner une bibliothèque différente de ce que l’on peut voir habituellement, l’idée était de créer une structure arienne et légère reposant sur une base en bois équipée de tiroirs. Je souhaitais également que ce mobilier puisse servir de cloison pour séparer un espace sans forcément être adossé à un mur comme cela se fait souvent. En complément, j’ai dessiné des serre livres fabriqués en marbre noir et marbre de carrare qui peuvent être aussi utilisés comme des objets de décoration selon la position dans laquelle on les place. Je vais d’ailleurs lancer prochainement un déclinaison de ce meuble avec une table basse et une commode qui s’inscriront dans la continuité de la bibliothèque. J’aime que mes créations vivent dans le temps, je suis très attaché à cette notion de durabilité.

Vous mettez votre savoir-faire au service de sociétés, d’éditeurs et de galeristes. La création est-elle très différente et quels liens faites-vous avec ces multiples univers ? Vous leur offrez un nouveau regard… ?
Mon parcours me permet aujourd’hui de proposer des regards différents selon les types de projets et les personnes qui me les confient. La notion de transversalité m’intéresse particulièrement, à savoir que les projets se nourrissent entre eux. Aujourd’hui, je suis à la tête de mon studio et je travaille aussi bien pour des galeries, des éditeurs, des grandes marques et des agences de design qui font appel à moi pour bénéficier de mon expertise extérieure. Je rencontre de nombreuses personnes qui travaillent dans des domaines distincts comme des artisans, des responsables marketing… qui ont eux aussi une culture du design et un regard créatif. Cela entraine des échanges permanents et constructifs et je trouve cela très intéressant.

Vous êtes l’un des membres fondateurs de la Fédération Française de Design. Quel est le rôle de cette structure et comment fonctionne-t-elle ?
L’idée de départ était de regrouper des créatifs et designers qui travaillent dans l’ombre et leur offrir une vitrine via une exposition pour mieux valoriser leur talent. Avec Pierre Dubourg et Elise Fauveau, nous avons donc organisé un premier événement en 2013 sous la forme d’une battle sur le thème « Bois & Noir / Bois & Blanc » afin d’encourager la créativité des designers participants qui devaient faire fabriquer leurs pièces par des artisans français. C’est de cette manière qu’est née la Fédération Française de Design. L’année suivante, nous avons lancé un match entre l’Italie et la France. Les italiens proposaient des objets en Terracotta réalisés avec des artisans locaux tandis que les français concevaient des pièces en céramique blanche en association avec la ville de Vallauris. D’autres projets devraient voir le jour prochainement avec la FFD.

Étiez-vous présent au salon M&O à Paris mi-septembre ?
Que représente un tel évènement pour un designer ?
Oui j’étais sur le salon en septembre, c’est un rendez-vous que je manque rarement car c’est l’occasion de se réunir entre designers, éditeurs, collaborateurs…. et de discuter des projets exposés, des futures collaborations. Les salons sont propices aux rencontres et il existe un certaine effervescence comme à Milan aussi où des designers et écoles de design du monde entier se retrouvent.

Vous avez derrière vous une quinzaine d’années de carrière. Quel regard portez-vous sur l’évolution du design et sur son avenir ?
Je pense qu’il est nécessaire, comme dans d’autres métiers d’ailleurs, de savoir prendre du recul et d’avoir une certaine indépendance afin de créer des produits plus en adéquation avec notre époque et le quotidien. Il est important de pouvoir sortir de son environnement, de casser un peu ses habitudes et les codes établis pour se nourrir d’autres choses. Devenir nomade, découvrir de nouveaux univers et enrichir sa réflexion pour mieux cerner les attentes actuelles.

Quels sont vos nouveaux projets de rentrée,
vos prochaines sorties… ?
Pas mal de projets sont en cours dont la création d’un showroom à Hong Kong pour une grande marque de cosmétiques qui expose ses nouveaux produits en marge d’un salon en Asie. Je travaille également sur plusieurs collaborations avec des maisons d’édition et sur un projet à Dubaï pour un joaillier.