Évoluant en binôme depuis leur rencontre, Nathanaël Désormeaux et Damien Carrette, fondateurs de leur studio en 2014, tentent de redéfinir la technicité du mobilier et des objets qu’ils conçoivent avec poésie et sensibilité. Mobilier d’édition, design industriel et architecture d’intérieur, les terrains de jeux de ces deux jeunes figures de la création hexagonale sont multiples.

Bonjour Nathanaël et Damien, pouvez-vous nous retracer votre parcours et votre histoire commune ?
On s’est connus lors de nos études de design qui ont démarré à Lyon dans un premier temps. L’orthographe de nos noms de famille est à l’origine de cette rencontre puisque nous étions assis par ordre alphabétique le premier jour. Naturellement, on s’est mis à travailler ensemble sur les projets de l’école en binôme et également sur des concours de design extra scolaires avant d’intégrer ensemble l’école de design STRATE à Paris. Puis en 2012, on est partis à Londres pour nos premiers jobs, on habitait en colocation…. On ne s’est jamais quittés en fait !

De plus en plus de jeunes designers s’associent pour fonder leur studio ce qui était moins le cas auparavant….
Qu’en est-il de votre côté ? Pourquoi être deux ?
Après notre séjour de deux ans à Londres, on avait envie de rentrer à Paris. La question de s’associer ne s’est pas vraiment posée, c’était assez évident de continuer ensemble ce que l’on avait commencé. Et du coup, on a créé le studio au début de l’année 2014. On a aujourd’hui trois casquettes : le design de mobilier et d’édition, le design industriel que nous exerçons par exemple avec des fabricants d’électroménager et l’architecture d’intérieur pour des boutiques et des espaces de travail. Ces trois univers se complètent parfaitement et permettent des échanges d’idées à tous les niveaux, que ce soit sur les procédés de fabrication, la transformation des matières…

Comment fonctionnez-vous à deux ? Les rôles sont-ils précisément établis ?
J’ai lu que vos expériences se complétaient avec d’un côté un savoir-faire industriel et une approche plus artistique de l’autre…
Effectivement, les rôles ne sont pas prédéfinis. On a suivi le même parcours tous les deux donc on a les mêmes compétences. Travailler à deux permet d’avancer plus rapidement sur les projets, de les mener à maturité de manière plus efficace, c’est ça la grande force de notre association. On peut s’échanger les rôles selon l’avancement, l’un est parfois penché sur la partie plus conceptuelle et l’autre sur un côté plus rationnel… donc on inverse quand cela est nécessaire pour faire avancer le développement.

Ce que l’on peut voir de votre travail aujourd’hui ne représente qu’une petite partie…
Oui tout à fait, les projets que nous publions sur notre site par exemple concernent le mobilier, les luminaires, les objets… c’est la partie édition. D’un autre côté, nous collaborons avec les grandes groupes et fabricants avec lesquels nous intervenons de manière différente. Il s’agit plus de prestations intellectuelles à partir d’un brief donné. Pour ce type de projets, les designers travaillent dans l’ombre et ne signent pas leur création.

Votre lampe « Dita » lancée en 2014 a beaucoup fait parler…
La lampe Dita est notre premier projet d’édition mis au point avec Metylos, une jeune structure fondée par Claire et Fabrice Roch, anciens dirigeants d’une entreprise spécialisée dans la découpe de textiles techniques. Ils ont su transposer leur savoir-faire à la création d’objets, d’accessoires et de petit mobilier en collaborant avec de jeunes designers. Avec eux, on a imaginé cette lampe à poser composée d’un socle en hêtre brut sur lequel vient se zipper une enveloppe en feutre de laine.
Elle illustre très bien notre approche du design narratif. Puis dans la foulée, nous avons développé notre projet de chaise Knot via un concours organisé par le VIA qui nous a accompagné durant un an.

Vous avez effectué un important travail sur le piètement de votre projet Cast réalisé avec la Manufacture du Design…parlez-nous un peu plus en détails de cette création… Cela s’est construit dans le cadre de recherches sur les nouveaux espaces de travail ?
La Manufacture du Design est spécialisée dans l’agencement de bureaux et imagine de manière globale des zones de travail dans lesquelles viennent s’intégrer leur collection de mobilier. C’est dans ce cadre que nous avons travaillé sur le projet CAST à la demande de Robert Acouri. L’idée était de répondre aux nouveaux usages et besoins des espaces de travail et du nomadisme avec un mobilier fonctionnel et évolutif disposant de différentes typologies d’assise. Nous avons créé des versions une et deux places avec la possibilité d’intégrer des tablettes et des parois isolantes par exemple avec le piètement pour pivot technique. Fabriqué en fonte d’aluminium, il devient une véritable signature graphique qui sublime l’ensemble.

Vous avez travaillé sur un projet novateur de trottinette baptisée La Galoche. Comment appréhendez-vous la création de ce type d’objet ? Est-ce complètement différent d’un meuble ou d’un luminaire ?
Pour la petite histoire, c’est un entrepreneur qui est venu nous voir avec l’idée d’imaginer une trottinette qui sort un peu de l’ordinaire. On s’est demandés comme on pouvait réussir ce challenge avec notre savoir-faire et proposer un objet adapté à la mobilité urbaine, dynamique, fun… C’était un gros challenge avec un cahier des charges conséquent que l’on a réussi à concrétiser avec l’aide d’un ingénieur. Il a fallu répondre à de nombreuses questions quant au poids, à l’encombrement… tout en créant quelque chose de différent et novateur. Prototypes, phases de tests… le process a été assez long pour aboutir à cette trottinette en aluminium aéronautique qui présente un guidon et un châssis concaves, une lampe intégrée, un système de pliage rapide… Un super projet !

Peut-on parler de design français et qu’est-ce que cela vous inspire ?
Pour nous il est évident qu’il existe une french touch dans le design. L’histoire du design nous montre que les styles sont géographiquement différents. L’Europe du Nord, avec les scandinaves, les Anglo- Saxons et les Allemands, est à la pointe du design industriel alors que les pays latins sont davantage tournés vers un design plus décoratif. La France est à la croisée de ces deux parties de l’Europe avec une vraie influence des arts décoratifs.

Selon vous, comment cet univers doit-il évoluer dans les prochaines années ?
Les challenges sont nombreux et intéressants dans le monde du design, notamment au niveau de l’utilisation de l’intelligence artificielle par exemple et sa représentation. C’est un domaine particulier mais on pense qu’il faut poursuivre sur la voie de l’innovation, de la création de nouveaux concepts, sur la simplification de la fabrication, l’économie de matières…

Que pouvez-vous nous dire sur les prochains objets et projets du studio ?
Au rayon des nouveautés en tout cas, nous avons présenté récemment notre dernière collaboration avec l’éditeur français Hartô pour qui nous avons réalisé un buffet en bois baptisé César. Et puis il y a pas mal de projets qui sont en cours de développement mais on ne peut pas en dire plus. Actuellement, nous sommes également en train de réfléchir à la manière dont non peut faire naître de nouvelles collaborations dans d’autres pays où les cultures du design et de l’objet sont différentes.

http://desormeauxcarrette.com