Formé aux arts appliqués avant de se tourner vers le produit et le mobilier, Pierre Dubourg est également un ancien collaborateur d’Arik Levy. Attaché à la relation designer-artisan et aux savoir-faire locaux, ce designer toulousain membre de la Fédération Française de Design privilégie une démarche raisonnée pour imaginer et fabriquer des créations de belle facture et attachantes qu’il veut voir perdurer. Rencontre.


Bonjour Mr Dubourg, parlez-nous de votre parcours pour démarrer et de votre première approche du design…
Je suis issu d’une formation scientifique et technique (bac S option technologique). J’ai poursuivi ce type de formation à la faculté pendant 2 ans avant de me réorienter vers les arts appliqués. C’est au gré des rencontres et des stages que je me suis naturellement dirigé vers le produit et le mobilier plus particulièrement. Avec le recul, ce parcours un peu tortueux trouve une certaine cohérence avec l’activité que j’ai aujourd’hui. Cette première formation technique m’a permis d’acquérir des connaissances essentielles pour assurer le développement des projets et de comprendre les process de production. Elle m’a donc donné la connaissance des codes de représentation et un bagage qui me permet aujourd’hui de dialoguer, comprendre et me faire comprendre par les fabricants. Le designer ne travaille pas de façon isolée, c’est une vraie interface entre une demande (qu’elle émane de lui-même ou d’un client) et la concrétisation d’une réponse à cette demande.

Vous avez travaillé au studio d’Arik Levy. Que gardez-vous de cette expérience ?
Que des bonnes choses et beaucoup d’amis ! Une période très enrichissante qui m’a vraiment fait grandir.

J’ai lu que vous aviez entrepris une collaboration designers/artisans en 2012.
En quoi consistait-elle ?

Cette collaboration a été initiée par La Serre Créative devenue aujourd’hui « Les imaginations Fertiles ». L’idée était de montrer les capacités des savoir -faire locaux au travers de collaborations artisans designers. J’ai donc développé un luminaire en céramique, un projet un peu ambitieux mené avec Stéphanie Dastugue (céramiste), Yves Goyon (tourneur sur bois) et Pauline Jung (Mouleuse d’art). Un bureau avec Jean Marty (ébeniste) et une table avec François Prom (chaisier), Parlons Pierre (tailleurs de pierres) et Vivian Bonafé (ébéniste). Mon but était de dessiner un projet dans lequel l’artisan puisse se reconnaître tout en étant suffisamment expressif pour être représentatif de son savoir-faire lors de l’exposition. C’est révélateur une fois de plus du métier de designer où il faut en permanence trouver un point d’équilibre entre plusieurs acteurs d’un même projet.

Vous travaillez avec la maison Reine Mère, engagée socialement et durablement pour perpétuer les savoir-faire locaux…
En effet je collabore avec Reine Mère pour le développement de certains projets comme le poulailler FARM que j’ai dessiné pour la marque et qui a été distribué par Nature et Découverte. Le développement durable et le Made in France ne sont pas des valeurs qui portent et définissent mon travail. C’est vrai qu’aujourd’hui ces composantes doivent être intégrées dans chaque projet et il faut y être attentif mais pour moi ça ne doit pas devenir une étiquette commerciale. Si nous devions aller au bout de la réflexion, il faudrait alors arrêter de produire des meubles et plus largement une grosse partie des objets qui nous entourent car nous sommes submergés. C’est un peu contradictoire avec mon métier alors j’essaye de m’inscrire dans une démarche raisonnée tout en privilégiant égoïstement mon plaisir pour la création ! C’est ce que j’ai engagé avec Ulto, éditeur de mobilier et d’agencements basé à Nîmes qui propose des collections permanentes signées et réalisées exclusivement en bois de pays.

Il y a aussi Versant Edition, Monolithe, Hartô…
des maisons garantes d’un style et d’un art de vivre français…

Je pense qu’il est aujourd’hui difficile de définir un art de vivre typiquement français. Nous sommes tous traversés par une multitude d’influences qu’elles soient culturelles, sociales … Les images abondent et l’information circule très vite donc il est difficile de s’enfermer dans une bulle « française » et d’y cultiver un art de vivre. Pour en revenir aux maisons d’édition, c’est vrai qu’on peut faire un lien Monolithe et Versant Edition. Une sobriété et un classicisme sont communs aux deux marques. J’aime cette idée d’essayer de faire des objets qui dureront dans le temps par leur dessin et la qualité de production. Ce côté classique voire intemporel m’attire car je suis assez enclin à aimer les choses qui reste. Je ne suis pas friand de nouveautés et de changement perpétuel. Tout va trop vite et je pense qu’il y a quelque chose de rassurant dans ce qui reste et j’ai besoin de repères.

Vous vous sentez plus proche de cette vision de la conception d’objets et de mobilier que des grands éditeurs ?
Il y a des choses que l’on fait par choix et d’autres par opportunité. Je ne m’impose pas de barrières. Un grand éditeur a beaucoup d’avantages : capacité de diffusion, presse, investissement de production qui ouvrent les portes et permettent de concrétiser des projets techniquement plus pointus. Donc la proximité avec un éditeur qu’il soit grand ou petit est une question d’affinité. Il faut tomber au bon endroit au bon moment.

Vous avez créé un poulailler inspiré des fermes américaines et un nichoir…
Comment les avez-vous imaginés ?

L’idée de départ pour le poulailler était de le dessiner sur une base d’usine à produire des œufs (ce qu’est au final un poulailler !) et puis je me suis progressivement orienté vers une ferme qui véhiculait un message plus humain et moins froid que l’usine, et les fermes américaines avec leurs façades rouges et leurs grands toits m’ont semblé une bonne référence. Car facilement identifiables.
Pour le nichoir Ruche, c’était une réponse à une thématique d’exposition lancée par la Piote Designerie. Le but était de travailler avec une tuilerie basée en Champagne-Ardenne. Je me suis basé sur la technique du tournage pour proposer un nichoir qui peut être installé contre un mur ou bien sur un piquet en plein champ.

Vous semblez apprécier particulièrement la confrontation des matières lorsque vous imaginez vos créations ?
Cette confrontation de matières n’est pas une ligne directrice lorsque je travaille sur un projet. La présence de plusieurs matières, dans la plupart des cas s’impose par des contraintes. Recherche de souplesse, de poids, de rigidité …. Après il faut jouer avec ces matières pour qu’elles s’intègrent le mieux possible dans le projet pour retrouver une unité et une cohérence.

Quel rôle occupez-vous au sein de la Fédération Française de Design (FFD) ?
J’ai rencontré Elise Fauveau et Piergil Fourquié à Paris car on travaillait ensemble chez Arik Levy. C’est Piergil l’initiateur de la FFD. Pour la première exposition au Carrousel du Louvre en 2013 nous étions 20 designers à s’occuper du projet. Puis sur la seconde édition en 2014, nous nous sommes organisés différemment et avec Elise nous avions un rôle plus central au sein du collectif. Il n’a pas vraiment de structure définie et peut évoluer selon les besoins mais avec Elise et Piergil nous sommes les 3 piliers. Chaque membre du collectif est libre de donner une idée pour faire germer une nouvelle exposition. Actuellement nous recherchons une marque de couteaux pour établir une collaboration à l’occasion d’une prochaine exposition.

Comment faire intervenir l’humour dans la conception d’un objet ou d’un meuble ?
Je ne parlerais pas forcement d’humour mais plutôt de sympathie, que l’on peut retrouver dans un produit au travers de son usage (la boîte Louisette pour Harto qui s’ouvre comme un plumier) ou bien dans la rondeur de son dessin et de son décalage par rapport à une époque donnée (le Bilboquet Y a pas le feu au lac). Je pense qu’il y a donc une idée de réminiscence commune dans laquelle tout le monde arrive à se projeter et qui rend attachant l’objet.

Selon vous, quelles seront les grandes évolutions du design dans les prochaines années ?
Les évolutions seront peut-être plus dans la façon de travailler et de concevoir que dans un résultat qui pourrait paraître surprenant et totalement nouveau. J’espère que le design ne deviendra pas une activité de « surface » et qu’il restera un métier d’écoute de découverte, un instrument de collaboration au service d’une production.

Quels sont vos projets en cours et pour les prochains mois ?
De devenir papa (ça va arriver très vite), et ce n’est pas un petit projet ! Sinon des projets de mobilier qui je l’espère verront le jour à la fin de l’année.