Formé par Juan Pablo Naranjo et Jean-Christophe Orthlieb, le studio Nocc intervient sur des terrains multiples, de l’objet à l’architecture d’intérieure en passant par le conseil. Très occupés à expérimenter, les deux acolytes, de formation scientifique, planchent actuellement sur leur deuxième hôtel parisien, des nouveaux bureaux et du mobilier. Ils nous racontent tout ça en détails.

Hello Studio Nocc. Pour commencer, racontez-nous qui vous êtes et retracez-nous vos parcours ?
Le studio NOCC c’est deux designers : Juan Pablo Naranjo et Jean-Christophe Orthlieb. Nous nous sommes rencontrés lorsque nous faisions nos études de design à Strate Collège. Pour tous les deux il s’agissait de nos deuxièmes études car Jean-Christophe avait étudié la physique et moi je venais de finir mes études d’ingénieur. Nous avons tous les deux un background scientifique qui nous a rapprochés, mais nous avions plein d’autres points en commun comme un groupe d’amis très internationaux, nous avions tous les deux pas mal voyagé, on aimait la même musique, l’art, les bagnoles et plein d’autres trucs sur lesquels nous nous retrouvions. Du coup nous sommes vite devenus très bons amis. En 2009, nous avons créé le studio NOCC et grâce à quelques travaux expérimentaux que nous avions développés ensemble (Collection Radiation, Object of Sound) cette même année nous étions Talent à la Carte à Maison&Objet. C’est ça qui a donné un petit coup d’impulsion au studio dans un premier temps. Ensuite ce fut avec l’exposition Nouvelle Vague durant la Design Week de Milan en 2011 que les choses se sont accélérées. Depuis, le studio a grandi et nous avons la chance de travailler avec des collaborateurs super (comme Andy) sur de nombreux sujets très différents allant de l’objet à l’archi d’intérieur et le conseil.

De quelle manière votre formation scientifique intervient-elle dans le processus de création ?
Les études scientifiques, plus que vous apporter beaucoup de connaissances, vous apprennent à structurer votre façon d’aborder et de résoudre des problèmes ou de répondre à des questions. Je pense que c’est cet aspect d’analyse, d’élaboration d’hypothèses, de test et de validation qui se manifeste le plus dans notre travail. On s’intéresse à plein de trucs que d’autres trouvent sans intérêt, mais ce sont ces mêmes choses qui nous permettent de créer des liens entre deux éléments qui n’en avait apparemment pas avant. Par exemple faire des chandeliers avec des ondes sonores ou réinterpréter les mécanismes de mutation dans la nature sur du mobilier. Aujourd’hui nos créations sont certes plus pragmatiques, mais le processus de création lui n’a pas changé.

Comment organisez-vous la création à deux ?
On se montre beaucoup d’images de choses qui nous plaisent, on s’envoie des articles (scientifiques ou autres), on se balade de temps en temps dans les musées, aux puces de Saint-Ouen qui sont juste à côté du bureau et on discute pas mal. De tous ces échanges naissent des points d’intérêt qui font tic chez tous les deux et ce sont de ces points d’intérêt que nous démarrons le processus de dessin. Ainsi, lorsque les premiers dessins apparaissent nous sommes déjà assez en phase sur le résultat que nous voudrions atteindre. Ce n’est bien sûr pas toujours aussi fluide, mais la mécanique est assez bien huilée.

Quels sont les terrains de jeu principaux du studio ? Vous combinez les compétences et les savoir-faire…
Depuis la création du studio, nous avons fait un point d’honneur à ne pas nous interdire de terrains de jeux. Pour nous le design est une discipline qui peut et doit s’appliquer dans tous les aspects de la création (depuis les espaces aux objets, mais aussi aux services, à l’image, aux interfaces, etc). C’est la possibilité d’appliquer notre façon de raisonner à tout type de projet qui nous motive. Du coup, nous avons des principes de création très similaires que ce soit pour le design d’un objet ou pour celui d’un espace.
Néanmoins, il est vrai qu’aujourd’hui nous travaillons surtout l’architecture d’intérieur (plusieurs appartements privés, l’hôtel Amastan à Paris que nous avons fini l’année dernière, un deuxième hôtel dans les tuyaux, des bureaux, etc.) car elle nous permet aussi d’y dessiner des objets et du mobilier, ce par quoi nous avions commencé. L’avantage c’est qu’avec cette démarche, nous créons ces objets dans un but précis, pour un espace précis et pour des usagers précis. Ce sont des objets qui ont un vrai sens. Aussi, nous avons au studio un pôle où nous travaillons l’identité de marques ou encore du conseil en création et créativité pour les entreprises.

L’expérimentation semble tenir un rôle majeur dans votre approche du design… Et le travail artisanal ?
Nous essayons d’en faire le plus possible car c’est avec l’expérimentation que nous pouvons valider des hypothèses (esthétiques, fonctionnelles, pratiques, etc.) pour des objets ou idées que nous appliquons par la suite dans nos projets. L’expérimentation de par sa nature même a besoin d’un lien fort entre le designer, l’objet et celui qui le fabrique. Comme ce sont souvent des pièces en quantité limitées, nous sommes vite dans le terrain de l’artisanat et ça nous plait beaucoup de travailler dans ces conditions là. L’artisanat vous ouvre des portes, vous canalise aussi sur ce qui est possible ou pas et vous apprend beaucoup sur comment sont faites les choses, ce qui au moment de réfléchir à grande échelle est précieux.

Je pense notamment à l’un de vos derniers travaux, le projet Ritual…
Ritual que nous avons présenté à Milan en 2017 est un projet de recherche pour une exposition organisée par la marque Thaïlandaise de matériel de salle de bain COTTO et dont Naoto Fukasawa était le « curateur ». Le travail que nous avons réalisé consistait à observer, analyser et décortiquer le moment du bain et le reconstruire sous la forme de fonctions brutes mais clairement définies. Chaque fonction (humidifier, laver et sécher) a donné naissance à une forme précise, (bassin, porte savon et porte serviette) et un matériau adapté à chacune d’elles. L’assemblage de ces formes, fonctions et matériaux nous permet de poser des idées en volume qui peut être se retrouveront plus tard dans une salle de bain d’hôtel ou un spa ?

Vous avez également aménagé l’hôtel Amastan à Paris. Comment l’avez-vous conçu pour redéfinir les codes ?
Nous avons eu la chance de créer l’hôtel Amastan en partant d’une feuille blanche. Là aussi nous avons commencé par analyser l’environnement du projet (sa localisation, sa taille, l’ambiance du quartier, les besoins de notre client, etc.). En cohérence avec ces observations, nous avons décidé de créer un concept unificateur autour duquel tous les éléments de l’hôtel ont été développés (car nous en avons fait l’architecture intérieure mais aussi une grande partie du mobilier et même des revêtements). Ce concept était celui de recréer la demeure d’un voyageur collectionneur au goûts surréalistes. Concrètement cela va se voir sur des éléments archétypaux de la décoration des appartements chics parisiens que nous avons détournés. Nous trouvons donc du parquet point de Hongrie, bleu nuit, au sol et murs également, nous avons une table d’hôte dans le bar composée d’une collection de 7 marbres placés en dégradé allant du blanc au noir, ou encore une tapisserie murale faite sur mesure qui coule sur la banquette pour redevenir tapis de salon. Nous trouvons d’autres collections de ce voyageur sous la forme d’une énorme bibliothèque qui abrite des centaines de livres installés en dégradés de couleur ainsi qu’une collection de vases et dans le jardin une collection de plantes à fleurs blanches tapisse le sol et les murs. Dans les chambres, nous avons créé toute une série de pièces de mobilier, dont le bureau Serge, nous permettant de résoudre des problèmes d’espace de façon astucieuse et esthétique. Vous remarquerez peut être un lien esthétique entre ce bureau et Ritual.

Il y a aussi Tediber pour qui vous avez créé l’identité de marque… Une autre facette de l’univers Nocc ?
Pour Tediber nous avons eu l’occasion de participer à la genèse même de l’entreprise car nous en sommes co-fondateurs. Nous avons donc pu dessiner non seulement son identité mais aussi le matelas, le site, le packaging, etc. Tediber est une superbe occasion pour nous d’exercer une approche globale du design où tous les éléments doivent être soigneusement choisis et dessinés jusqu’aux plus petit détail pour s’assurer de la cohérence totale du message et de l’image de la marque. Aujourd’hui, nous nous occupons toujours de la direction artistique, du design de produits et d’intérieurs de la marque et travaillons de très près avec le superbe département de graphisme interne à Tediber pour développer les campagnes de pub dans le métro, les différents supports de com, le packaging, etc. C’est un vrai travail de fond sur l’importance du design dans la stratégie des marques.

Vous avez participé au concept designer box en réalisant un cendrier plutôt atypique. Pourquoi un tel objet et selon quelle idée l’avez-vous imaginé ?
Nous avons décidé de dessiner un cendrier car lors de nos conversations, nous avions remarqué avec Jean-Christophe que le cendrier était devenu un objet non grata dans le monde du design ! Impossible de vous dire où aller acheter un cendrier, ça n’existe plus ! A croire que personne ne fume plus (hhmm). Or quand vous voyez toutes ces photos des grands designers italiens des années soixante, ils avaient tous dessiné de superbes cendriers sur lesquels ils avaient passé du temps à comprendre et réinterpréter l’objet en question ! Sans avoir besoin d’être de grands fumeurs, nous avons toujours trouvé la fumée captivante. Ses formes, son mouvement, sa vitesse et sa couleur en font quelque chose de parfaitement contemplatif, apaisant même. Donc lorsque nous avons dessiné Humo nous cherchions à capturer et faire durer ce moment dans le temps. Les amateurs d’encens ont aussi trouvé leur plaisir dans l’objet, mais sa petite forme de perchoir-bulle en a également inspiré d’autres à en faire des minis jardins. En somme l’objet vit différemment selon son utilisateur ce qui pour nous est une grande source de satisfaction.

Avez-vous participé au Salon Maison&Objet Paris début septembre ?
Nous étions présents à Maison&Objet avec l’éditeur ENO studio pour qui nous avons dessiné une famille de lampes appelée PLUS et qui comprend une suspension et une applique murale. C’est un objet dont nous sommes très contents car il répond à des besoins précis que nous avions en terme d’architecture d’intérieur. C’est un design minimal avec un coté graphique et qui permet un usage optimal de la lumière car il éclaire dans tous les directions.

Quel est le programme des prochains mois ? Présentation de nouvelles pièces ?
Dans les mois qui viennent nous allons démarrer les travaux de notre deuxième hôtel à Paris, finaliser le design des nouveaux bureaux de l’agence de tendances Nelly Rodi, suivre le développement d’un projet de mobilier urbain très innovant que nous avons dessiné pour Suez, présenter une collection d’objets fabriqués par des artisans Thaïlandais dans le cadre d’un workshop que nous avons fait là bas avec Sam Baron, Charlotte Juillard, Thinkk studio et Rush Pleansuk. Et nous espérons aussi plein de nouveaux projets !