C’est le projet architectural qui a fait couler beaucoup d’encre en cette fin d’année 2017. Le musée Yves Saint Laurent de Marrakech, mYSLm, vient d’ouvrir ses portes. Dédié au couturier et à son œuvre, il abrite une partie de la collection de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, qui comprend 5 000 vêtements et 15 000 accessoires haute couture, ainsi que des dizaines de milliers de dessins et objets. Une collection impressionnante qui s’offre aujourd’hui un écrin unique…

À deux pas du Jardin Majorelle, un nouveau bâtiment impressionnant vient de sortir de terre. Imaginé par le cabinet d’architectes français Studio KO fondé par Olivier Marty et Karl Fournier, l’édifice de près de 4 000 m2 est plus qu’un simple musée. Il comprend un espace d’exposition permanente de 400 m2 dont la scénographie originale est signée Christophe Martin, une salle d’exposition temporaire de 150 m2, un auditorium de 130 places, une boutique-librairie, un café-restaurant avec terrasse et une bibliothèque de plus de 5000 ouvrages. Voilà pour les chiffres.
Yves Saint Laurent et le Maroc, c’est l’histoire d’un attachement charnel, d’un pays singulier qui happe un homme : « Au Maroc, j’ai compris que mon propre chromatisme était celui des zelliges, des zouacs, des djellabas et des caftans. Les audaces qui sont depuis les miennes, je les dois à ce pays, à la violence des accords, à l’insolence des mélanges, à l’ardeur des inventions. Cette culture est devenue la mienne, mais je ne me suis pas contenté de l’importer, je l’ai annexée, transformée, adaptée. » disait le couturier en 1983.

C’est donc en parcourant les archives d’YSL que Studio KO s’est intéressé à la dualité entre courbes et lignes droites. Pour l’extérieur du bâtiment, les architectes ont créé un assemblage de cubes, habillés d’une dentelle de briques rappelant la trame d’un tissu tandis que pour l’intérieur, le traité est radicalement différent : velouté, lisse et lumineux, confortable et accueillant comme une doublure de vêtement. La dualité se retrouve également dans la vie d’YSL, entre l’urbanisme très parisien et la tradition marocaine qu’il aimait tant, qui l’a tant marqué et que l’on entend dans les mots de Pierre Berger : « Lorsqu’Yves Saint Laurent découvrit Marrakech en 1966, ce fut un tel choc qu’il décida tout de suite d’y acheter une maison et d’y revenir régulièrement. Il est donc parfaitement naturel, cinquante ans après, d’y construire un musée consacré à son œuvre qui doit tant à ce pays. »

Pour les matériaux utilisés, le Studio KO qui officie au Maroc depuis sa création, s’est inspiré de l’ambiance nord-africaine et a évidemment opté pour de la terre cuite, du béton et du granito teinté de terre et de fragments de pierres issues du pays. Toutes les briques qui ornent la façade permettent une intégration optimale dans l’environnement direct et elles ont toutes été façonnées par un artisan des environs qui travaille une terre locale. Un respect profond pour le savoir-faire marocain, pour les traditions et plus largement pour le Maroc tout entier, reflet de la considération du couturier pour le pays.

Temple dédié à l’art sous toutes ses formes, le musée accueille en ce moment une rétrospective consacrée au Maroc de Jacques Majorelle, peintre orientaliste fondateur du jardin éponyme, qui sera suivie d’une exposition de Noureddine Amir « Les robes sculptures ». En parallèle, la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent vient d’ouvrir un musée Yves Saint Laurent à Paris en lieu et place de l’ancienne maison de couture et de l’actuel siège de la Fondation. Ce musée accueille, jusqu’en septembre 2018, l’exposition « Parcours inaugural », une rétrospective inédite de l’œuvre d’Yves Saint Laurent.