Figure hexagonale du mouvement graffiti depuis plus d’une vingtaine d’années, Mist, parisien d’origine installé à Montpellier depuis 10 ans, est de nos jours considéré comme l’un des plus grands artistes contemporains de sa génération. De son premier graffiti en 1988 à aujourd’hui, cet as du wildstyle a façonné un style avant-gardiste et abstrait fait de dynamisme et de spontanéité colorés. Egalement concepteur d’art toys et de sculptures grand format, il aime varier les styles et les supports pour donner vie à des toiles d’une intensité picturale singulière. Même s’il n’oublie pas son premier terrain de jeu, la rue, il se concentre actuellement sur la préparation de sa prochaine exposition à la galerie Speerstra. Pour ce 76ème numéro, Mist nous ouvre les portes de son atelier pour évoquer ses projets présents et futurs. Interview.

 Hello Mist, comment ça va ? Tout va bien, je suis installé dans mon nouvel atelier depuis quelques mois. Je suis actuellement en train de préparer ma prochaine exposition après « Into the Wild » présentée à la galerie David Bloch de Marrakech qui s’est terminée le 22 novembre dernier.

Justement, la prochaine se déroulera en Suisse, à la galerie Speerstra. Peux-tu nous en dire un peu plus sur l’évènement, sur ce qu’on pourra y voir ? La galerie a été fondée par la famille Speerstra en 1984 à Monaco avant de s’installer au coeur du Marais à Paris puis s’est établie en Suisse, face au lac Léman. Willem Speerstra est le premier à m’avoir proposé de faire un solo show. Le 10 janvier prochain débutera donc ma quatrième expo solo dans cet espace qui défend le mouvement graffiti depuis plusieurs dizaines d’années. Je suis en train de réaliser une vingtaine de toiles qui seront totalement différentes de celles présentées à Marrakech. Pour cette série, je retourne un peu aux sources avec des peintures plus proches du graffiti wildstyle que j’exerçais à mes débuts tout en variant les formats. C’est un challenge très excitant.

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Tes œuvres s’inscrivent aujourd’hui davantage dans la sphère de l’art contemporain et non plus de l’art urbain. Quel est ton sentiment sur ce « changement » ? Je suis un avant tout un graffiteur, c’est comme ça que je me définis mais j’ai toujours considéré que le graffiti faisait partie intégrante de l’art contemporain donc on peut dire que mon oeuvre s’inscrit dans ce mouvement. Aujourd’hui, on mélange pas mal les choses, on colle des étiquettes sans s’intéresser de près aux artistes, à leur parcours et leur vécu. Certains se revendiquent « street artists » alors qu’ils n’ont aucune légitimité dans ce milieu. Cela me dérange un peu mais il faut faire avec.

Tu exposes aux quatre coins du monde, en suisse, aux USA, au Maroc et évidemment en France, une reconnaissance internationale bien méritée, mais qui exige une assiduité, une productivité importante, tu peux nous expliquer tes méthodes de travail pour réussir à être sur tous les fronts ? Je ne sais pas si je peux parler de méthodes de travail particulières. Ce qui est certain, c’est que j’ai besoin de peindre tout le temps, d’avancer, de me remettre en question régulièrement, d’évoluer tout simplement pour ne pas m’enfermer dans un univers ou un style bien particulier même si évidemment mes travaux ont tous des points communs, une touche personnelle. Je suis assez productif de manière générale, j’aime varier les plaisirs, les styles, c’est pourquoi il m’est nécessaire de peindre très régulièrement.

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A Montpellier, on peut suivre tes nouveautés à la Galerie At Down, quelle est ta relation avec eux et avec les galeristes en général ? En ce qui concerne At Down, Philippe, le fondateur de la galerie, est un ami de longue date que j’ai soutenu dans cette nouvelle aventure. Montpellier avait besoin d’un nouvel espace comme celui-ci pour présenter le travail de la scène montpelliéraine et d’autres artistes nationaux et internationaux. De manière générale, j’entretiens de bonnes relations avec les galeristes. Ils font un métier parfois difficile, font des paris sur l’avenir et sont devenus des partenaires indispensables pour les artistes qu’ils aident à se faire connaître et à évoluer.

Suis-tu ce qu’il se passe sur la scène artistique montpelliéraine et internationale plus généralement ? Je suis assez curieux de ce qu’il se passe sur la scène montpelliéraine et ailleurs aussi. Je me tiens évidemment informé des expositions à voir. J’aime bien découvrir ce que font les autres même s’ils évoluent dans des univers différents. Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui d’ouvrir davantage les yeux et de voir des multitudes d’oeuvres à travers la planète. Il y a quinze ou vingt ans, ce n’était pas possible. Quand j’ai commencé le graffiti, on passait parfois plusieurs heures à trouver un mur sur lequel avait peint un artiste et dont on avait entendu parler. C’était une sorte de quête que l’on voulait immortaliser en photo. Aujourd’hui, cela a bien changé, l’accès aux informations est bien plus facile et rapide. Je me suis même inscrit sur Instagram pour tout vous dire !

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Tu as déjà réalisé plusieurs art toys. Prévois-tu d’en sortir un nouveau bientôt ? Les toys font partie de mon univers depuis un bon moment (Malus, 2004) maintenant mais ce sont des pièces difficiles à concrétiser car elles demandent énormément de temps et un certain budget de production. Plusieurs étapes sont nécessaires avant le produit final : création de l’original, moules, prototype, ponçage, peinture…. L’édition de toys en petit format destinés à la vente est mise en pause pour le moment mais j’aimerais y revenir. Depuis quelques temps, je me consacre davantage aux sculptures en moyen et grand format que j’installe durant mes expositions. Ce sont bien souvent des pièces uniques. Je suis d’ailleurs en train de travailler sur la prochaine qui s’appellera Mista Freeze.

Certaines villes en France laissent aujourd’hui davantage d’espaces extérieurs d’expression aux artistes. Quel regard portes-tu sur cette évolution des mentalités ? C’est une excellente chose de voir que les villes laissent à disposition des artistes des espaces d’expression. Lorsque j’ai commencé le graffiti, on s’appropriait des pans de murs pour amener de la couleur aux gens. C’est un peu la même chose de nos jours même si les conditions sont différentes. Nous sommes envahis par les espaces publicitaires alors transformer la ville en galerie à ciel ouvert, je trouve ça génial ! Ça fait du bien au milieu de tout ce béton. C’est ce que nous avons voulu faire sur la place Rondelet lorsque j’ai peint ce mur à l’initiative de la galerie At Down. Une première pour moi en France qui m’a ensuite amené à Rennes en septembre dernier pour réaliser un second mur que j’ai baptisé « Four Seasons A Day » dans le cadre du festival Teenage Kicks.

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Et niveau expos, tu sais déjà de quoi sera faite l’année 2016 ? D’autres projets dans les cartons ? Plusieurs expositions sont prévues l’année prochaine dont la première Suisse puis il y aura également Paper Party 3 à la galerie Le Feuvre à Paris, une autre chez At Down mi 2016 puis à Zurich en novembre 2016. Quant aux autres projets, je garde dans un coin de ma tête l’idée de sortir un second livre après le premier paru il y a plus de dix ans. On verra comment je peux mettre ça en place.