Lauréat du VIA de 2011 à 2014, Grégoire de Lafforest imagine du mobilier et des objets alliant techniques artisanales, matériaux purs et formes sculpturales. Passé notamment chez Bruno Moinard et Noé Duchaufour-Lawrance, ce jeune designer et architecte d’intérieur collabore aujourd’hui avec l’agence Gilles & Boissier et développe en parallèle des collaborations avec Nantavia, Cinna ou Collection Particulière, jeune maison d’édition française pour laquelle il a créé la console Balka. Interview.

Bonjour Mr De Lafforest, pour commencer, pouvez-vous nous retracer votre parcours de designer ?

Après être sorti de Penninghen en 2002, école dans laquelle j’avais suivi une formation en arts appliqués, je me suis dirigé vers l’architecture d’intérieur. J’ai intégré le service Architecture du Printemps Haussmann par le biais duquel j’ai travaillé sur différents projets d’aménagement en 2005 et 2006. Cette expérience m’a permis de me confronter à un univers bien particulier où les problématiques de budget et de temps sont omniprésentes et où la relation avec les services d’achat et marketing est permanente. J’y ai rencontré de nombreux créateurs avant de rejoindre l’agence de Bruno Moinard. À ses côtés, je me suis occupé du siège de la maison Hermès à Paris et des bureaux de la direction de TF1 alors qu’en parallèle je développais des projets plus personnels, axés principalement sur le mobilier. Par la suite, j’ai eu la chance de collaborer avec Noé Duchaufour-Lawrance qui m’a initié au travail de la forme, au concept global. Aujourd’hui, je collabore avec Gilles & Boissier en tant qu’assistant à la création si je puis dire et poursuis les travaux avec des maisons d’édition comme Nantavia, Cinna… et des galeries, épaulé par le VIA.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans le monde du design ? Un artiste, un objet en particulier ?

Personne en particulier, ni un objet à vrai dire. Disons que j’ai grandi au cœur d’un terreau de créatifs, c’est ce qui m’a naturellement mené vers l’artisanat, le design et l’architecture. Un de mes grands-pères était ébéniste, mon père a une formation de graphiste et pratique la peinture alors que ma mère a toujours été intéressée par la décoration, le style de manière générale.

 

Comment définissez-vous le point de départ d’un objet ou d’un intérieur ? Vous démarrez à partir d’une envie particulière ou vous répondez à des commandes…

Il est vrai qu’à mes débuts, je travaillais essentiellement à l’instinct. Je puisais les idées, l’inspiration dans l’art contemporain, le monde industriel et ses outils et préparais des cahiers de croquis. Puis au fil du temps, j’ai appris à fonctionner avec des gens du métier qui ont un cahier des charges bien précis, des contraintes de budget et de temps et qui veulent des choses bien calibrées. J’aime particulièrement cette manière de fonctionner puisque cela permet de définir un cadre afin de répondre précisément aux attentes des maisons d’édition et donc du marché.

 

Votre cage « Archibird » propose une vision poétique du design, alliant Art et artisanat, utilitaire et décoratif, quelles sont vos inspirations/influences pour une pièce telle que celle-ci et plus généralement pour vos projets de mobilier ?

De manière générale, le quotidien, le milieu urbain, les expositions… constituent d’inépuisables sources d’inspiration pour mon travail. Il demeure cependant assez compliqué d’expliquer précisément le point de départ d’un objet ou d’un meuble. Une idée peut surgir et en amener d’autres puis ainsi de suite. Il est en tout cas nécessaire d’entretenir son imagination et sa créativité en permanence.

Concernant Archibird, l’idée de départ consistait à casser les codes classiques. Je voulais créer une cage différente de celles que l’on a l’habitude de voir et qui puisse être intégrée facilement dans l’habitat, d’où l’idée de la mixer avec une console. Elle se trouve à mi-chemin entre une sculpture et un objet utilitaire et met en scène l’oiseau à la manière d’un décor de théâtre.

 

Vous utilisez des matériaux nobles et favorisez des lignes pures et légères, comment choisissez-vous vos matières ? Sont-elles à la base de vos créations ou découlent-elles de vos formes ?

En règle générale, le dessin impose la matière. Il est plus difficile de choisir un matériau en premier lieu et d’imaginer ensuite une future pièce en fonction de celui-ci. Aussi, j’utilise régulièrement le bois pour mes créations. C’est un matériau très riche que de nombreux artisans savent travailler ce qui permet de développer des projets plus facilement à des prix raisonnables. Il a un toucher agréable et apporte davantage de chaleur aux lignes plus tendues et « sèches ». Il joue en quelque sorte un rôle de contrepoids. Pour Archibird par exemple, qui est exposée à la Galerie Gosserez, j’ai associé chêne massif, acier laqué blanc et verre.

 

Votre travail est à la fois édité par des galeries et des maisons prestigieuses comme Cinna. Quelle différence faîtes-vous entre ces deux modes de « commercialisation » ?

Ils m’intéressent autant l’un que l’autre et se complètent parfaitement. La liberté de création est beaucoup plus large lorsqu’il s’agit d’une galerie de design. On fait de l’exclusif, de l’exceptionnel pour un marché de niche en utilisant des matériaux sophistiqués et en poussant la création jusque dans les moindres détails. Ce sont en général des séries limitées à quelques exemplaires. L’approche est bien différente pour une maison d’édition car il faut mettre en valeur un dessin de base et prendre en compte le coût de fabrication, le prix de vente, la concurrence et l’usage final quotidien. Ce sont deux types de travaux qui permettent d’élargir mon champ d’intervention et de montrer que je suis capable d’évoluer aussi bien dans ces deux univers.

 

On a rarement l’occasion de découvrir les intérieurs des designers. Votre appartement Rue Voltaire à Paris a été présenté dans l’émission La Maison France 5. Parlez-nous de ce lieu de vie modulable…

A travers l’aménagement de mon appartement, je voulais développer un concept d’architecture intérieur propre à mon style. J’ai imaginé des espaces astucieux et modulables avec un minimum de moyens tout en répondant aux contraintes du bâtiment industriel d’origine. J’ai mis l’accent sur les pièces à vivre et leurs volumes afin de favoriser la « vie ensemble » tandis que les chambres sont de taille minimale. Le premier reportage a été réalisé par ELLE Déco puis de fil en aiguille, plusieurs titres de presse et blogs ont parlé de l’appartement avant que je ne sollicite une journaliste de France 5. Je lui ai proposé de venir jeter un œil à ce projet qu’elle a par la suite proposé à sa rédaction. Ce travail s’est avéré un être un excellent outil de communication pour moi.

 

Vous avez une belle expérience au service architecture du Printemps Haussmann, mais aussi pour de nombreuses boutiques et show-rooms. Quelle est votre approche lorsque vous réalisez des espaces commerciaux ?

Elle est évidemment bien différente des autres projets. Il est nécessaire de comprendre le quotidien et les attentes du public pour ce type d’espaces. De plus, il faut s’imprégner de l’histoire de la marque en question et puiser dans son univers pour avoir une certaine cohérence tout en ayant une certaine distance. Malgré les impératifs, la finalité revêt toujours un côté très graphique, très typé, ce que j’apprécie particulièrement.

 

Vous avez également participé au lancement de Collection Particulière…

Oui tout à fait. Collection Particulière a été lancée cette année par Jérôme Aumont et Christophe Delcourt avec lesquels je collabore aujourd’hui. Nous nous sommes ancrés dans la tradition des meubles chics, intemporels habillés de cuir en leur apportant une touche plus moderne, plus acidulée.

Ma première pièce pour la maison est la console Balka qui sera prochainement suivie d’autres créations.

 

Vous avez été lauréat du VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement) en 2011, 2012, 2013 et l’êtes encore en 2014. Dans quelle mesure cette distinction vous a permis de développer votre activité ?

J’ai eu la chance d’être lauréat quatre années de suite, de 2011 à 2014. C’est un excellent tremplin, un déclencheur pour les jeunes designers comme moi. Cela permet de mettre en place un nouveau réseau, d’établir des connexions avec tous les acteurs de la profession et de gagner une certaine crédibilité auprès des maisons d’édition, galeries… Grâce à cela, je peux à l’heure actuelle évoluer de manière autonome.

 

Quels sont vos projets pour les prochains mois ?

Pas mal de choses sont en préparation, notamment pour Nantavia et Collection Particulière avec qui je sortirai une nouvelle pièce au mois de janvier prochain. Certains projets sont encore à l’état d’études donc vous en découvrirez davantage dans les prochains mois.

 

 

www.gregoiredelafforest.com