Jeune designer de 31 ans passé par les studios de Noé Duchaufour-Lawrance, Joran Briand est aujourd’hui à la tête de sa propre agence. Profondément inspiré par l’univers du surf, ce breton d’origine n’hésite pas à utiliser des matériaux atypiques pour créer des objets et du mobilier et à se confronter aux grands chantiers comme celui du MuCEM mené par Rudy Ricciotti pour lequel il a réalisé le graphisme de la surprenante mantille. Interview.

Bonjour Joran, pour débuter, pouvez-vous retracer votre parcours ? Je suis né en Bretagne Sud et j’ai rejoint Paris après mon bac pour intégrer l’Ecole Olivier de Serres puis ensuite les Arts Décoratifs, deux formations qui m’ont permis d’acquérir un bagage à la fois technique et artistique. Par la suite, je me suis installé durant un an à New-York où j’étais chargé de projets d’aménagement de boutiques pour des marques françaises, avant de revenir en France pour travailler aux côtés de Noé Duchaufour-Lawrance en tant que chef de projet. A ses côtés, je m’occupais du développement des salons Air France. Puis en 2011, j’ai fondé mon studio basé à Montreuil en région parisienne. 

Vous appartenez à une jeune génération de designers qui semble vouloir faire bouger les lignes, apporter une vision nouvelle… Quel est votre point de vue à ce niveau ? C’est une question assez difficile. A l’heure actuelle il existe beaucoup plus de designers qu’il y a 10, 20 ou 30 ans, il est donc nécessaire de se distinguer d’une manière ou d’un autre. Après je fais ce qui me correspond tout à fait naturellement, je ne calcule pas, je travaille sur des projets qui m‘intéressent avant tout. Ils me permettent de m’exprimer au mieux. Ma démarche peut paraître singulière et tant mieux. Chaque création est le fruit d’un travail d’équipe, l’expression d’un savoir-faire… J’aime lier les différentes disciplines, la création de mobilier tout en ayant une approche graphique. J’imagine un objet par rapport à l’espace dans lequel il va se trouver, je tente de raconter une histoire et le graphisme par exemple me permet de l’accentuer.

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L’océan, le surf, les éléments de manière générale constituent des sources d’inspiration majeures… Effectivement, je reste très inspiré par l’univers du surf et l’océan. Nombre de mes projets font référence à cette discipline que je pratique dès que j’en ai l’occasion. Je suis breton d’origine donc je connais assez bien le milieu marin et les sports aquatiques. C’est en quelque sorte mon jardin. Et puis, certains de mes amis pratiquent la voile donc je me sens clairement à l’aise dans ce monde et on le ressent dans mon travail au quotidien. Mais je ne conçois pas que des planches de surf (rires).

Vous utilisez parfois des matériaux atypiques comme la fibre de jute pour le tabouret Toul ou le surf Splash. Pourquoi l’avoir choisie ? J’ai créé le tabouret Toul à la demande de Corentin de Chatelperron, un ami ingénieur fondateur de l’association Gold of Bengal dont l’objectif est de développer l’utilisation de la fibre de jute. Cet écomatériau dégradable et moins couteux, qui dispose d’excellentes caractéristiques mécaniques, peut être une alternative à la fibre de verre et c’est ce que nous avons voulu montrer à l’échelle d’une pièce de mobilier tout en « rassurant » les potentiels investisseurs. Inspiré d’une borne d’amarrage et empilable, il constitue le premier projet du programme « Gold of Bengal ». En plus de promouvoir ce matériau innovant, le projet a une véritable portée sociale au Bangladesh puisqu’il a permis de faire travailler toute une équipe. Par la suite, j’ai à nouveau utilisé la fibre de jute pour concevoir le surf Splash.

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Les artisans représentent des partenaires particuliers comme l’atelier Seewhy… Oui tout à fait, comme je le disais, j’aime travailler avec des artisans. L’atelier Seewhy fait partie de mes partenaires privilégiés. Il a été fondé par deux amis, webmaster et luthier à la base, qui souhaitaient mettre en commun leurs compétences et leur passion pour les beaux objets. Je collabore régulièrement avec cet atelier un peu atypique et actuellement nous travaillons sur un projet de guitare pour un des musiciens du groupe La Femme.

Vous avez été accompagné par l’association VIA à plusieurs reprises. Quel rôle a-t-elle précisément joué dans votre carrière ? L’accompagnement et les aides fournis par le VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement) m’ont permis de développer plusieurs projets dont celui du tabouret par exemple. Leur objectif étant de valoriser et promouvoir la création française dans le secteur du design appliqué au cadre de vie en France et à l’étranger. Le soutien peut prendre différentes formes : aide à la création, conseils, actions de communication… L’apport de cette structure est évidemment primordial pour les jeunes designers comme moi. Cela permet de se mettre en relation avec des éditeurs, des artisans… et de pouvoir donner vie à ses idées. 

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Plusieurs projets de luminaires ont vu le jour cette année comme Vera pour Roche Bobois et Stripes pour Confidence and light. Racontez-nous l’histoire de ces pièces… Au départ, j’ai dessiné Vera à la demande du Musée de Baud en Bretagne mais pour des raisons budgétaires le projet n’a pas abouti et a finalement été repris en main par Roche Bobois qui a voulu le décliner en différents types de luminaires. L’idée était de faire référence aux coiffes en dentelle, c’est pourquoi j’ai imaginé une « coiffe » métallique perforée intégrée sur un tasseau en frêne massif. La suspension Stripes était quant à elle destinée à l’éclairage du théâtre des Moulins à Lille avant qu’elle ne donne naissance à deux autres versions éditées chez Confidence and Light.

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Vous avez travaillé avec l’architecte Rudy Ricciotti sur les chantiers du MuCEM et du stade Jean Bouin. Comment s’est nouée cette collaboration et qu’en retenez-vous ? Ce fut une expérience extrêmement enrichissante. J’ai rencontré Rudy Ricciotti à ma sortie de l’école et cette collaboration m’a mis le pied à l’étrier. Durant six ans, le studio a travaillé sur le graphisme de la mantille et le chantier du MuCEM m’a amené à me confronter à de nombreuses contraintes techniques et budgétaires. Il a fallu développer des systèmes intelligents de moules reliés entre eux ayant chacun leur propre motif afin d’éviter les répétitions et donner naissance à une façade évoquant un paysage « lunaire de poussière ». Ce fut un projet très ambitieux qui m’a permis de mieux connaître ce matériau et de créer par la suite le banc en béton Conquérant.

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Vous avez également participé à l’aménagement très singulier de la boutique Cuisse de Grenouille Quel a été votre rôle dans ce projet ? Pour la boutique Cuisse de Grenouille, j’ai réalisé le mobilier intérieur, l’enseigne ainsi que le motif graphique représentant un vague simplifiée qui a été par la suite décliné sur des objets et vêtements. Pour mettre au point les tabourets Olo et la table Log, j’ai repris les codes de fabrication des planches de surf. Les quatre pieds en bois massif de la table sont fixés sur la latte centrale du plateau poncé à la main par un maître Shaper. Pour Olo, le procédé est le même : l’assise en bois séparée en deux parties est également attachée à une latte qui se prolonge en piètement métallique laqué.

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Le projet du Ministère de la Défense avait-il une saveur particulière du fait de son inscription dans la vie politique ? Oui un petit peu même si notre proposition n’a pas été retenue au final. J’ai abordé le projet avec un peu d’appréhension à vrai dire puis de fil en aiguille je me suis convaincu que c’était une excellente opportunité de mettre en avant le savoir-faire français artisanal, technique et artistique à travers une collection de mobilier. Même si Bouygues a remporté l’appel d’offres, nous avons eu la possibilité de réfléchir à différentes propositions pour redéfinir les codes de l’aménagement de bureaux.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Je viens de sortir un puzzle 3D en bois pour Cinqpoints dont je suis très fier et puis de nombreux projets sont en cours. Je travaille sur deux lignes de mobilier pour l’éditeur breton Perrouin et pour une jeune maison d’édition dont je ne peux pas encore révéler le nom. Je vais également collaborer avec une marque de skate pour laquelle je vais concevoir des planches à découper reprenant leurs techniques de fabrication sans oublier les planches de surf pour le Cabinet de Curiosités de Thomas Erber et une gamme de bijoux pour Ombre Claire.

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joranbriand.com / © Surf Splash : Cyrille Weiner – Table Judd : Samuel Lehuédé & Banc Conquérant : Silvera – Tabouret Toul : Marie Flores & Puzzle 3D Home : Cinqpoints – Salon Never Alone : Audace & Baladeuses Vera : Studio Joran Briand – Resille MuCEM : Joran Briand – Boutique CDG : Samuel Lehuédé.