Photographe d’intérieurs, globetrotteur, grand passionné du Brésil où il a rencontré l’architecte Oscar Niemeyer, Matthieu Salvaing exerce son art aux quatre coins de la planète pour les grands titres de presse et groupes de luxe. Malgré un planning serré, il trouve le temps de réaliser des séries personnelles et prépare actuellement un documentaire… Interview.

Bonjour Mr Salvaing, pouvez-vous nous retracer votre parcours ? Vous avez suivi une formation de photo à Arles… Après cette première formation en Arles, je suis monté à Paris pour intégrer une école dont l’enseignement était plus axé sur les notions artistiques de la photographie, la lecture des images. Je me suis mis à travailler très rapidement en tant qu’assistant sur des shootings de mode, des portraits. Puis j’ai commencé à voyager, notamment au Brésil et entamé des collaborations avec des grands magazines spécialisés dans l’architecture et les intérieurs comme AD, les titres Condé Nast, Elle Déco…, des groupes de luxe pour des campagnes publicitaires. Dans le même temps, je me suis également intéressé de près aux décors de cinéma.

Votre principale activité de photographe concerne l’architecture et les intérieurs ? Je me suis effectivement spécialisé dans l’architecture et les « interiors » comme disent les américains. Au fil du temps, j’ai élargi les collaborations avec les titres de presse internationaux publiés à travers le monde et gagné une visibilité internationale. Pour ce type de travail, j’ai toujours voulu lier le détail architectural à l’humain. Ces séries permettent de mieux cerner la personnalité des habitants des lieux, elles en disent long sur leur histoire, leur vie et j’ai toujours trouvé ça intéressant. C’est en quelque sorte une immersion dans leur intimité.

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Poursuivez-vous aujourd’hui vos travaux dans les domaines de la mode et de la publicité ? Comme je vous le disais précédemment, j’ai commencé les photos de mode étant plus jeune mais aujourd’hui j’en fais de moins en moins car il y a trop de contraintes et donc moins de liberté. Je me consacre davantage à la réalisation de portraits « lifestyle » qui sont très appréciés aux Etats-Unis par exemple.

Vous parcourez régulièrement la planète dans le cadre de votre métier. Comment se déroule un voyage et les séances de shooting pour une parution de magazine ? Il est vrai que je voyage régulièrement tout au long de l’année. La plupart du temps, les titres de presse me passent commande mais je réalise également des images plus personnelles, des projets plus pointus quand je trouve le temps. Mon planning est très serré mais j’arrive tout de même à trouver des espaces d’expression qui sortent du cadre professionnel. Concernant les parutions, les demandes varient selon les pays, les cultures et les supports. Certains d’entre eux sont très clairs et ont un angle bien défini tandis que certains autres me font entièrement confiance. Aux Etats-Unis par exemple, ils ont une approche différente de celle des français, ils apprécient les choses bien carrées et une lumière particulière. Chez nous, le côté « charme » reste plus important même si les choses ne sont plus aussi figées qu’avant.

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Quels sont vos plus beaux souvenirs ? Les images les plus marquantes ? J’ai des souvenirs et des images plein la tête ! Mais je dois avouer que certains pays m’ont profondément marqué comme le Brésil. Je me rappelle de mon premier séjour au Tibet, toutes ces couleurs, la population et son style de vie… c’était extraordinaire. Je pourrais parler également de la Birmanie qui s’est ouverte au tourisme il y a peu. Ces deux voyages resteront gravés dans ma mémoire pour toujours ! Le plus difficile est de trouver du temps pour voyager à titre personnel. Et puis je vais aussi en Grèce dès que j’en ai l’occasion, un pays magnifique d’une pureté incroyable.

 Il y a un pays en particulier dont vous êtes littéralement tombé amoureux, c’est le Brésil. Racontez-nous ce coup de cœur photographique… Oui effectivement, mon premier voyage au Brésil fut une véritable révélation. J’en suis tombé amoureux et j’y retourne d’ailleurs régulièrement car j’y ai vécu mes plus belles histoires. Ce pays que j’ai découvert étant très jeune m’a ouvert les yeux, je me suis plongé dans une autre culture, un mode de vie bien différent de celui que je connaissais en France. Lors de mes premiers voyages, je me suis intéressé de près au mouvement du brutalisme architectural, les maisons en béton et en bois que je photographiais pour les magazines européens.

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Vous y avez d’ailleurs noué une amitié avec l’un des plus grands architectes au monde, Oscar Niemeyer. Pouvez-vous nous parler de cette rencontre et de votre projet commun ? C’est sans aucun doute la plus incroyable rencontre de ma vie. J’ai fait la connaissance d’Oscar Niemeyer grâce à son petit-fils puis durant mes différents séjours nous avons appris à nous connaître. Il était bien plus qu’un architecte, un personnage fascinant et généreux qui avait une réflexion très humaniste sur son métier. Il vous expliquait son travail avec un feutre et une feuille de papier, de manière très poétique. En 2001, j’ai sorti un premier livre avec lui puis en 2009, j’ai travaillé sur une monographie publiée chez Assouline à laquelle ont participé plusieurs grands architectes comme Zaha Hadid ou Tadao Ando à qui j’avais demandé d’écrire des textes sur l’influence de Niemeyer dans leur travail.

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Une partie de votre travail personnel a pour sujet Ibiza. Vous semblez avoir été marqué par cette île pas comme les autres… Oui tout à fait, c’est un endroit unique, l’île la plus internationale de la planète. Il faut y aller pour s’en rendre compte. J’ai connu Ibiza étant jeune et même si elle a beaucoup changé depuis elle conserve une énergie incroyable, c’est véritable carrefour des cultures où il règne une certaine liberté d’esprit, une forme d’insouciance. Pour ces différentes raisons, j’ai eu l’idée de réaliser une série de photographies prises sur le parking du DC-10, l’un des meilleurs afters d’Ibiza. Ici, tout le monde se retrouve avant d’entrer ou après la sortie et il s’y passe pas mal de choses. Certains y restent pendant la fête faute de moyens pour entrer afin d’écouter la musique. Le parking est devenu un vrai lieu de vie pour les fêtards et c’est ce que j’ai voulu immortaliser de manière assez spontanée et naturelle. Et puis ce type photos me permet de sortir un peu des séries professionnelles, elles reflètent ce besoin de revenir à la réalité du quotidien.

On parle régulièrement de l’utilisation abusive des logiciels de retouche photo, notamment dans le milieu de la mode. Quel est votre point de vue sur ce sujet ? La retouche est un faux débat qui n’a pas lieu d’être. Elle a toujours existé et ce depuis des dizaines et des dizaines d’années. Dans les années 20, 30 ou 40 par exemple, on retouchait déjà les portraits de stars. Après chaque photographe est libre d’utiliser les manipulations comme il l’entend. La retouche fait partie intégrante de notre métier.

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Les réseaux sociaux, Instagram… ont-ils changé votre métier, votre manière de communiquer ? Quel est votre regard à ce sujet ? Je ne dirais pas qu’ils ont changé ma manière de communiquer. Je ne suis pas un grand utilisateur des réseaux sociaux à vrai dire même si je m’en sers de temps en temps. Je possède un compte Instagram que je considère comme la carte postale des temps modernes. Il me permet de rester en contact avec ma famille et mes amis avant tout, de poster des images spontanément ou des clichés qui n’ont pas été retenus par un client par exemple. J’annonce aussi mes derniers travaux afin que des gens puissent les voir. Je limite mon utilisation à ce type de choses. Aux Etats-Unis par exemple, certains magazines m’ont déjà demandé si j’avais un compte Instagram. Cela leur permet de jeter un œil rapidement à ce que je fais. Ceci étant, l’utilisation des réseaux sociaux pose un problème majeur, celui des droits d’auteur puisque certains utilisateurs n’hésitent pas à poster des images qui ne leur appartiennent pas et dont ils ne connaissent pas l’auteur. Je pense qu’il est nécessaire de fixer certaines limites.

Quels sont vos projets pour cette rentrée et les prochains mois ? Des voyages en perspective ? Les projets ne manquent pas ! Je pars prochainement pour la Sicile et pour d’autres pays européens où sont programmés des shootings.

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