Compagnie des Vins Surnaturels, Café Pinson, Hôtel Paradis… depuis cinq ans, Dorothée Meilichzon multiplie les aménagements de restaurants, bars et hôtels à Paris, Londres, New-York et Ibiza. Designer industriel parisienne, cette trentenaire, qui s’inscrit dans une recherche de l’harmonie, affirme son goût pour les motifs graphiques et privilégie le savoir-faire artisanal. Interview.

Pour débuter, pouvez-vous nous retracer votre parcours et nous parler de votre premier « chantier », Le Prescription ? Je suis designer industriel de formation. J’ai travaillé pendant 6 ans en agence de design avant de monter mon agence en 2009, j’ai en effet travaillé sur le projet du Prescription. Projet de bar à cocktails donc, avec les fondateurs du groupe Germain, étages, avec un grand escalier central. Je l’ai donc traité comme un appartement anglais, avec de nombreux tissus et motifs, des meubles chinés, une cheminée …

Comment abordez-vous la création d’un espace ? Avez-vous un point de départ défini ? Je pars du quartier, je recherche si il a une histoire particulière, une spécificité propre, si il y a un élément à exploiter dans l’architecture de l’immeuble… Puis je m’inspire du lieu en lui-même, des volumes. L’idée est de ne pas faire rentrer un concept dans un lieu, mais s’inspirer du lieu pour créer le concept. 

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Nombre de vos travaux concernent des restaurants et des bars. Pourquoi ? Je travaille aussi beaucoup sur des projets d’hôtels en ce moment. J’aime travailler sur le design global d’un lieu : l’architecture mais aussi le concept, la scénographie le design de mobilier, la déco, le graphisme, la façade … les appartements ne me donnent pas cette liberté d’actions, j’ai l’impression que c’est plus restreint.

Un de vos derniers projets est La Compagnie des Vins Surnaturels à Londres. Comment l’avez-vous imaginé ? Encore une fois je me suis inspirée du quartier : la place de Neal’s Yard est triangulaire. Un motif que j’ai donc repris sur les façades des que j’ai dessinés : que ce soit en jouant avec les motifs en marbre ou dans le dessin du bois. Cette place qui a émergé dans les années 70, est unique à Londres, elle est connue notamment pour ses façades très colorées, j’ai donc multiplié les couleurs bien sûr j’ai fait quelques clins d’oeil à la Compagnie des Vins de Paris.

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Vous créez également du mobilier. Comment définiriez-vous « bon » meuble ? Un bon meuble ? Cela dépend de sa fonction, mais dans un bar par exemple, un bon meuble est pour moi un meuble qui se remarque mais qui s’intègre bien à l’ensemble. Il y a aussi bien entendu des impératifs de confort et de durabilité, et j’aime autant dans la mesure du possible.

Le bois semble être un matériau de prédilection chez vous… Non pas particulièrement. J’aime surtout le mélange, je chérie de nombreux matériaux. Le bois est bien sur un matériau chaleureux qui offre de nombreuses possibilités pour le mobilier, le parquet, les revêtements muraux…

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Et il y aussi les motifs graphiques que vous utilisez régulièrement… Oui je suis très sensible au graphisme de manière générale, et dans un lieu, le graphisme s’exprime par les motifs des tissus, papiers peints, calepinage des sols, moquette, carrelage, je les multiplie et les juxtapose volontiers.

La création de l’identité graphique du lieu constitue également l’une de vos activités. Est-elle inspirée du décor ou est-ce l’inverse ? Je commence par imaginer le lieu, et je travaille ensuite sur le graphisme. Mais celui-ci ne s’inspire pas de la déco, il vient plutôt la compléter, l’enrichir.

Dans quelle mesure l’univers de Raymond Loewy a-t-il influencé votre métier aujourd’hui ? Son univers m’influence peu aujourd’hui mais sa démarche d’avantage : c’est quand même lui qui a inventé mon métier ! Je ne suis par contre pas forcement dans la recherche du « beau », mais dans celle de l’harmonie.

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Y a-t-il un type de lieu en particulier que vous aimeriez réaménager et redécorer complètement ? J’ai fait une plage à Ibiza l’année dernière qui était un nouveau challenge assez excitant, il me reste encore de très nombreux challenges à relever : auberge de jeunesse, prison, avion, hôpital … la liste est longue.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Le premier restaurant de Rachel’s cake, un hôtel avec l’équipe de l’Experimental Group, la Compagnie des Vins Surnaturels à New York, un deuxième hôtel avec Adrien Gloaguen, propriétaire de l’hôtel Paradis et enfin deux projets d’hôtels 4 étoiles avec Samy Marciano.

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www.chzon.com 

© photos : portrait : Hervé Goluza / Hôtel Paradis & Fish Club : Kristen Pelou / Café Pinson 10 : Paul Bowyer / Compagnie des Vins Surnaturels Londres : Kim Lightbody.