De Barcelone à Paris en passant par Ibiza, Eugeni Quitllet est sans cesse en mouvement pour présenter ses créations. Celui qui cosigne du mobilier et des objets avec Starck nous livre sa vision du design et évoque ses futurs projets. Interview.

Bonjour Mr Quitllet. Pour commencer, pouvez-vous nous retracer votre parcours ? J’ai grandi à Ibiza en jouant sur la plage et en imaginant des formes sur le sable, entouré d’eaux cristallines. La terre, l’air et la mer ont nourri mon imaginaire durant toute mon enfance. J’ai décidé de rester dans ce « monde » et voilà qu’aujourd’hui je continue à travailler en gardant en tête ces émotions et j’essaie de les partager à travers mes objets.

Quel fut votre premier projet et quels souvenirs en gardez-vous ? La sculpture d’une femme nue…très aérodynamique. J’ai conservé depuis cette grande sensualité dans les formes, cet érotisme poétique plein d’amour.

Vous exercez votre métier entre la France et l’Espagne. Quelles différences ressentez-vous entre ces deux pays en matière de culture et d’approche du design ? Je ne suis pas vraiment en Espagne mais en Catalunya ! Une région qui a une histoire très proche de celle de la France notamment en matière d’art. Tous les grands artistes catalans ont été de grands admirateurs de l’art français et vice versa. Vive le surréalisme catalan ! Dali disait toujours que les français sont des personnes très intelligentes mais que nous les catalans nous allons au-delà de l’intelligence pour tutoyer le génie.

Pouvez-vous nous expliquer plus en détails votre « cool-laboration » avec Philippe Starck ? Je l’appelle « cool-laboration » tout simplement parce que j’ai eu une liberté totale pour créer toutes sortes de projets. Et je suis devenu le seul designer à cosigner les pièces avec lui car nous avons la même exigence. Evidemment je les dessine aussi. La seule différence est que je suis plus jeune et que ma vision du futur n’est pas la même que la sienne (rires).

Vous avez créé une collection de vaisselle pour Air France. Comment l’avez-vous imaginée et quelles étaient les différentes contraintes liées au voyage en avion ? Vous avez opté pour une éco-conception… Le projet Air France est l’un des plus intéressants que j’ai eu à mettre en œuvre car il constitue une réponse complète à toutes les contraintes de l’aviation contemporaine, de la gastronomie aérienne, de la production industrielle et de l’économie. L’idée de départ était de faire du ciel la plus belle table : « Allez dîner chez Air France ». Pour les couverts, je ne voulais pas réduire les dimensions alors pour économiser du plastique j’ai eu l’idée d’injecter de l’air à l’intérieur ce qui a permis d’augmenter leur volume tout en réduisant la quantité de matière première. Quant aux assiettes, elles ont une épaisseur de 0,6mm ce qui leur donne l’aspect d’une porcelaine très fine. Alors que les ouverts pour enfants se transforment en petit avion ludique !

Vous avez une manière assez particulière d’aborder la création d’assises comme les chaises « Mr Impossible » et « Masters ». Peut-on dire que vous aimez casser les codes ? Je ne casse pas les codes, je les invente. J’essaie toujours d’innover, de changer le point de vue de ce qui semble évident et prouver que tout est encore à inventer !

La plupart de vos produits sont édités chez l’italien Kartell. Comment est-née cette collaboration et qu’appréciez-vous en particulier chez lui ? Mes projets ont toujours un « besoin » commun de perfection. Je collabore avec Kartell depuis dix ans et je me sens très à l’aise avec le plastique car c’est la matière qui me permet d’exprimer au mieux mes idées. Avec cet éditeur, j’ai toujours la certitude que je peux pousser toujours plus loin la réalisation de mes projets. Comme la collection « Shine» qui symbolise une idée allant au-delà du Crystal ou la lampe Light Air en PMMA, une technologie utilisée pour fabriquer des phares de voitures.

Vous n’avez jamais été sollicité par des éditeurs espagnols ? Si une fois. J’ai d’ailleurs un projet en cours mais je réserve la surprise pour le prochain Salon de Milan.

Envisagez-vous un jour de participer à des projets d’aménagement intérieur ? Je travaille actuellement sur un très beau projet parisien qui s’appelle « La Jeune Rue » et je m’occupe particulièrement de la Fromagerie. Vous allez en entendre parler très bientôt.

Comment voyez-vous évoluer le design dans les années à venir ? J’espère pouvoir vous le montrer sur mes prochaines créations.

Y a-t-il un type de projet particulier auquel vous aimeriez prendre part ? Je suis un passionné de la matière en mouvement. Je me vois très bien travailler sur l’automobile du futur.

Quels sont vos projets pour cette nouvelle année ? Vous préparez le prochain salon de Milan en avril ? Oui, j’ai plusieurs projets qui seront dévoilées en avril : des couverts pour la collection « L’âme de Christofle », des nouveautés chez Kartell également, la collaboration avec l’éditeur secret espagnol puis une forme d’assise innovante pour l’éditeur italien Alias.

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© Portrait : Nacho Alegre /eugeniquitllet.com