Après trente ans passés à couvrir les conflits à travers le monde, Eric Bouvet a quelque peu changé de cap pour explorer d’autres champs photographiques. De la Rainbow Family au festival Burning Man, cet ancien photographe de l’agence Gamma a aujourd’hui choisi d’immortaliser des images de paix et de bonheur.

Bonjour Mr Bouvet, pour commencer, pouvez-vous nous retracer votre parcours ? Mon intérêt pour la photographie est né très tôt, à l’âge de huit ans. Je me rappelle avoir été fasciné devant l’alunissage d’Apollo 11 diffusé à la télévision. J’ai pris conscience à ce moment-là de l’importance de capturer les moments historiques. J’ai toujours gardé cela dans un coin de ma tête. Plus tard, en 1977, j’ai intégré l’Ecole Estienne à Paris pour y suivre une formation en art et industries graphiques. J’en suis sorti en 1980 et l’année suivante j’ai rejoint l’agence Gamma avant de m’établir comme indépendant en 1990. Durant plusieurs dizaines d’années, j’ai parcouru la planète pour couvrir les conflits en Afghanistan, Iraq, Iran, Somalie, Liban, Libye, Irlande du Nord… Et aujourd’hui, j’ai  décidé de me consacrer à autre chose.

Pourquoi avez-vous choisi de mettre de côté le photojournalisme pour vous consacrer à la photo plus « lifestyle » ? Je ne considère pas avoir mis de coté quoique ce soit. Le photojournalisme est une manière de photographier. Aujourd’hui des ponts sont jetés. Le photojournalisme est à l’heure actuelle un mélange de photographie documentaire, et de photographie d’auteur, voire de photographie plasticienne.

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Votre série sur le festival Burning Man a beaucoup fait parler et a été exposée lors de la dernière édition de « Visa pour l’Image » à Perpignan… Pourquoi avez-vous décidé de partir là-bas ? Racontez- nous ce voyage, cette expérience unique… Burning Man sonnait la fin d’une année riche en changements pour moi. J’ai ressenti le besoin de décrocher après avoir couvert des conflits pendant trente ans. La guerre en Lybie qui a été périlleuse et les décès de Rémi Ochlik et Tim Hetterington m’ont mis complètement à plat et n’ont fait que renforcer mon désir de vivre autre chose. Nous étions alors en 2011 et j’ai donc décidé que 2012 serait une année pleine de paix et de joie. J’ai fait mes valises pour partir à la rencontre de la Rainbow Family autour du monde et j’ai terminé par le Burning Man. Mais le malheur n’est jamais loin car mon père est décédé la semaine de mon Visa d’Or à Perpignan.

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Malgré le fait que ces travaux soient très éloignés des reportages de guerre, peut-on dire que leur point commun est l’homme dans son environnement ? Quand l’on regarde mon site, les images sont toujours attachées à l’humain. C’est primordial pour moi. La rencontre avec « l’autre », aller vers la différence, l’accepter. Puis partager les images avec les lecteurs, les spectateurs et toutes autres possibilités de visibilité. Voilà ce que je recherche dans mon métier, c’est ce qui m’anime au quotidien.

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J’ai lu que vous aviez créé un atelier d’artiste avec un studio. Pouvez-vous nous expliquer ce projet plus en détails Ce projet est né d’un désir de tranquillité si je puis dire. J’avais tout simplement envie d’un endroit dans lequel je me sente bien pour travailler. Ce studio est à la fois un bureau, un espace de rencontre pour les stages et bien sûr un studio photo de 70m2.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du métier de photojournaliste depuis vos débuts J’ai eu la chance de connaître comme l’on dit l’âge d’or des années 80. Les années 90 ont été une transition, car d’une bonne douzaine de photographes qui se retrouvaient sur tous les coups de news, sont arrivés les photographes de l’ancien bloc de l’est puisqu’en 1989 le mur de Berlin s’est écroulé et leur a ouvert les portes. Puis lors de la troisième décennie, le numérique et internet ont tout cassé. Les indépendants de ma génération ont souffert et les grosses agences ont disparu. Mais il faut apprendre de ses chutes, et je me suis réveillé après quelques difficiles années d’incompréhensions. Donc la quatrième décennie je l’ai commencée en m’ouvrant à toutes les photographies, j’ai appris en lisant des livres sur la photo contemporaine, regardé des expositions plasticiennes, et toutes autres possibilités de m’ouvrir l’esprit et l’oeil.Mais aujourd’hui la photographie de presse est galvaudée. Ce n’est la faute de personne, c’est la société actuelle qui veut tout tout de suite et qui s’imagine trop souvent que chacun pourrait être « à la place de… ». Mais internet qui demeure cependant un outil extraordinaire est certainement le responsable du fait que tout va trop vite.

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Quels sont vos plus beaux souvenirs ? Les images les plus marquantes ? Des souvenirs ? Il m’est difficile de répondre à cette question car il y en a énormément. Et en ce qui concerne mes images, je n’en garderai que 5%. C’est normal car c’est l’oeil qui s’améliore.

Quels sont vos projets pour la fin de l’année et 2014 ? Mon souhait est de continuer à faire des images tout simplement, car finalement je n’ai pas souvent l’occasion de m’y consacrer. Alors je travaille tout seul, je fais des images pour moi dans la rue.

Vous continuez à voyager régulièrement. Avez-vous choisi votre prochaine destination ? Non, je ne voyage plus beaucoup mais je prépare plusieurs projets. Et il y en a un qui me tient particulièrement à coeur depuis longtemps alors j’espère pouvoir finaliser le montage financier, sinon je trouverai encore un autre projet, une autre idée. Je ne m’arrêterai jamais !

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