Adepte du surréalisme, le photographe belge Filip Dujardin nous livre des séries de clichés architecturaux fascinants sur lesquels prennent forme des structures en 2D tout droit sorties de son imagination.

Pouvez-vous éclairer sur votre parcours ? Vous avez débuté par des études d’histoire de l’art spécialisation architecture. Puis ensuite vous vous êtes tourné vers la photographie…. Depuis mon enfance je suis entouré par l’Art, l’architecture et la culture en général (mon père est architecte d’intérieur, ma mère était prof en langues classiques) ; les vacances en famille étaient toujours des voyages culturels. Commencer des études d’histoire de l’Art était logique pour moi. Je me suis spécialisé dans l’histoire de l’architecture belge du début 20ème siècle. Mais après des études théoriques à l’université, je voulais exercer un métier créatif (je m’étais déjà mis à la peinture et étant étudiant j’aimais déjà construire des mini- maquettes de bâtiments et de meubles). La photographie était un choix spontané. Dans un premier temps j’étais surtout porté sur le documentaire, les reportages de voyages et de la rue en noir et blanc. Après j’ai repris l’architecture et j’ai traduit cette fascination pour les lignes et volumes via la photo. J’ai commencé à faire des reportages sur des bâtiments.

Aujourd’hui, vous avez concilié ces univers dans votre travail. Comment est née cette idée de rassembler vos deux passions ? L’architecture et la photographie se sont mélangées automatiquement. Après les études de photographie, j’ai commencé à faire des reportages d’architecture (extérieure et intérieure) professionnellement. Aujourd’hui je combine ma profession de photographe d’architecture pour des (vrais) bureaux d’architectes avec mes photomontages sur lesquels je peux créer moi-même mes constructions. Les deux passions sont complémentaires et l’inspiration de l’une est essentielle à la création de l’autre. Je reste en admiration des projets de certains architectes actuels et anciens.


N’auriez-vous pas aimé devenir architecte ? Je n’ai jamais eu l’ambition d’approcher une construction ou un bâtiment de ce point de vue-là. Les photomontages m’offrent un grand avantage : je ne dois tenir compte d’aucune limite, d’aucune règle ou contrainte. Je fais ce que je veux et je peux aller au bout de mes idées. Cette liberté dans la création m’est très chère. Toutefois l’été dernier j’ai eu l’occasion de créer véritablement une construction de mon imagination dans le cadre d’un festival d’art à Middelburg aux Pays Bas. C’était la première fois que j’ai traduit une image en 2D en une installation 3D (assez abstraite). C’est très différent, les contraintes étaient importantes mais j’ai adoré.


On vous définit comme un photographe architectural. Quel est votre sentiment sur ce titre ? On pourrait aussi dire que vous faites de l’architecture photographique… En tant que photographe architectural j’essaie de reproduire le bâtiment d’un (autre) architecte via la photo ; bien que la construction n’est pas la mienne, je l’interprète à ma façon. L’image est toujours un peu personnelle. Après un certain temps j’étais confronté aux limites des ‘objets’ à photographier, je n’avais pas toujours l’occasion de faire la photo artistique que je voulais ; je me suis donc mis à expérimenter et à adapter mes photos existantes à mon goût et de là j’ai commencé à créer mes propres images.

Les bâtiments de votre série Fictions sont étonnants. Quelle est leur histoire ? Comment arrivez-vous à de tels résultats techniquement parlant ? En fait, les fictions ne sont plus des photos d’architecture retravaillées, ce sont des sculptures en 2D. La photographie devient accessoire, elle ne sert qu’à alimenter une énorme base de données avec des images de matériaux de touts genres. La photographie m’offre les moyens pratiques (= les briques) pour construire ma propre réalité. C’est une nouvelle réalité sans limites balançant souvent entre possible et impossible.


On peut dire que grâce a vos photos, l’impossible de vient possible… Effectivement mes photos sont perçues à la fois comme trop réalistes pour être des fictions mais elles ont aussi trop «impossibles» pour être réelles. C’est une zone un peu surréaliste dans laquelle j’aime bien travailler. J’aime troubler le public à ce point.

Que recherchez-vous en imaginant de telles structures ? Je ne propose pas une nouvelle architecture ni de grandes théories, mais dans certains cas c’est une critique bienveillante et une façon de détourner le regard du public vers une autre réalité. Ces photos sont aussi issues d’une nécessité personnelle de visualiser des créations de mon imagination. En ce sens, je suis resté l’enfant que j’étais : j’ai besoin d’extérioriser mes idées, les images dans ma tête. La technique du photomontage est idéale.


Justement, quel regard portez- vous sur l’architecture contemporaine ? Selon vous, comment doit-elle évoluer dans les années à venir ? L’architecture est de plus en plus mondialisée, les projets commencent à se ressembler à travers le monde via les photos qui circulent sur le web et qui sont reprises dans les magazines. Je suis conscient que, comme photographe d’architecture, j’y contribue aussi.

Quels sont les projets photographiques étiquetés dans votre agenda 2013 ? Je continue à combiner mes deux activités, il y a déjà des expos aux Etats-Unis et un livre en septembre. Artistiquement, j’aimerais évoluer vers des images où la nature et les hommes prennent plus d’importance et où l’architecture est le décor, faisant partie d’un paysage ou d’un ensemble urbaniste plus large.
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www.filipdujardin.be