Après avoir exercé trois années en agence de pub, Cédric Delsaux a fini par revenir à son éternelle passion, la photographie. Depuis dix ans, il cherche à redéfinir notre perception des lieux vides ou abandonnés.

Pour commencer, éclairez-nous sur votre parcours… Je me suis professionnalisé il y a une dizaine d’années après avoir été concepteur-rédacteur durant trois ans chez Young & Rubicam et CLM BBDO, alors que j’avais suivi des études de lettres et de cinéma. Dès l’âge de 14 ans, je me rêvais en photographe mais ce n’est qu’à 28 ans que j’ai eu ce déclic. Disons qu’il m’a fallu un certain temps pour trouver la manière dont je voulais pratiquer ce métier. J’ai fini par trouver ma place dans ce petit milieu après avoir expérimenté la photo de manière plus intime.

Justement, cette expérience en agence de communication vous a beaucoup servi pour vos travaux publicitaires… L’école de la publicité m’a effectivement permis de me familiariser avec la « grammaire » visuelle et les codes de la communication. La collaboration avec les directeurs artistiques est ainsi devenue beaucoup plus facile car notre langage est le même. Et puis la publicité a davantage laissé la place aux photographes qui ont développé un univers personnel et immédiatement identifiable, même si par ces temps de crise, cette « patte » est souvent mise à mal par des accumulations de contraintes confinant parfois à l’absurde. Il reste, malgré tout,  une publicité intelligente et créative et c’est cela qui motive mes choix de collaborations.

La photographie est un excellent moyen de sublimer des lieux parfois considérés à juste titre comme laids ou inintéressants… Je pense à votre série « Nous resterons sur Terre ». L’ensemble de mon travail est basé sur le rapport entre le réel et la fiction avec pour toile de fond des lieux dont je souhaite changer la perception. Cela peut être des espaces abandonnés, vides ou des lieux publics comme des parkings par exemple. J’essaye de les réinvestir afin de leur donner une aura cinématographique et d’en dégager la puissance poétique. A travers mes clichés, je cherche à interroger notre propre intimité, l’histoire de notre relation à ces lieux. Comment a-t-on pu les construire et finir par les abandonner ? « Nous Resterons sur Terre » débute avec une photo de glacier islandais où l’humain est totalement absent, et se termine avec des clichés de Hong-Kong où cette fois-ci l’homme s’est installé. C’est cette « coulée » narrative qui donne sens à la série.


Comment est venue cette idée de série Dark Lens mettant en scène les personnages de la saga Star Wars ? L’idée de départ n’était pas de rendre hommage à la saga Star Wars. Elle a bercé mon adolescence mais je ne suis pas devenu un fan inconditionnel. Il s’agissait à nouveau d’essayer de modifier la perception des lieux en intégrant cette part de fiction qui « prend vie » grâce aux personnages de Star Wars présents sous forme de figurines. Je voulais conserver ce côté sombre des films de George Lucas et non pas les détourner de manière humoristique. Mon choix s’est porté sur Star Wars car il a su créer un univers incroyable où évoluent des centaines de créatures, de vaisseaux sans oublier les décors. Les possibilités sont quasiment infinies avec autant de matière et e merchandising. Mais il faut bien comprendre que Star Wars arrive en second plan contrairement aux lieux de mise en scène que j’ai choisis.

Ce travail est un véritable succès… N’avez-vous pas l’impression que l’on parle trop de cette série au détriment des autres ? On parle effectivement beaucoup de Dark Lens notamment grâce au livre (éditions Xavier Barral) qui s’est pour le moment vendu à près de 12.000 exemplaires. Mais cette série ne représente qu’une partie de mon travail. Les autres séries que j’ai réalisées sont construites sur la même logique et se nourrissent entre elles. Il y a autant de réflexion sur ces dernières que sur Dark Lens mais elle occupe actuellement tout le terrain. Cela changera probablement dans les années à venir mais je ne vais pas me plaindre non plus.

Vous vous êtes également intéressé à une période historique précédent la révolution française sur la série 1784. Elle est à l’opposé de Dark Lens et des autres… 1784 est effectivement assez différente du reste. L’idée m’est venue après avoir découvert une chambre d’hôte dans un château bâti au beau milieu d’une forêt. La châtelaine m’a alors expliqué que s’organisent régulièrement des réunions regroupant des passionnés de la période pré révolutionnaire. Structurées par différentes règles dont celle de se vêtir avec des costumes d’époque, ces rencontres sont l’occasion pour eux de s’immerger complètement dans le passé pour mieux le fantasmer. Malgré les éléments modernes que l’on peut apercevoir, j’ai voulu montrer ces gens qui semblent « bloqués » en 1784. C’est une sorte de voyage poétique entre réel et fiction.


Pour Echelle 1, vous avez réalisé une photographie de « paysage avec portrait ». J’ai en quelque sorte inversé le dispositif par rapport à la série Dark Lens pour laquelle j’ai enlevé les figurines de leur socle pour les intégrer aux visuels. Alors que pour Echelle 1 je me suis équipé d’un socle et j’ai demandé aux gens de se placer dessus. Le but étant de les laisser se mettre en scène afin de faire ressortir l’image qu’elles ont d’elles mêmes. Le processus est différent mais le fondement théorique reste identique. Cette série n’en est qu’à ses débuts, je vais la poursuivre à travers de nouveaux lieux au cours des prochains mois.

Quels sont les projets photographiques étiquetés dans votre agenda 2013 ? Je prépare actuellement une série au Château de Versailles et j’ai pour projet de publier avec mon éditeur un second ouvrage qui aura pour thème la série 1784. La sortie aura lieu en avril ou mai 2013. Je suis aussi l’un des quatre fondateurs d’une mission regroupant une cinquantaine de photographes appelés à photographier la France. C’est un projet qui avait déjà vu le jour en 1984 sous le nom de Datar et que nous allons faire revivre avec une sortie prévue fin 2013-début 2014. Et puis je poursuis évidemment mes séries et je réfléchis à la création de « Undergound Society », sorte de trait d’union entre tout ce que j’ai déjà réalisé auparavant.

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Des modifications ont été apportées sur cette version online. La réponse à la deuxième question a été en partie corrigée. Et dans la dernière réponse : Cédric Delsaux est l’un des quatre fondateurs de la mission photographique et non le seul fondateur.

 

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