Ancien salarié de JP Morgan, le bruxellois Alain Gilles a décidé de changer de vie pour se consacrer à plein temps au design. Elu « Designer of the Year » 2012, il sera l’invité de marque de la Biennale Intérieur de Courtrai à la fin du mois d’octobre.

Vous avez suivi une partie de vos études à Montpellier. Quels souvenirs gardez-vous de la ville ? Oui effectivement, j’ai passé mon bac à Montpellier. Quand on m’en parle, cela me rappelle d’excellents souvenirs. Cette ville jeune et dynamique fait partie de ma jeunesse, de mes belles années d’étudiant.

L’évolution architecturale montpelliéraine fait beaucoup parler actuellement ( Jean Nouvel, RBC Design Center, Zaha Hadid, Massimiliano Fuksas…). Quel est votre sentiment à ce sujet ? J’ai pu voir et lire ça dernièrement. Le projet Pierres Vives de Zaha Hadid suscite pas mal de commentaires dans le monde de l’architecture. Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir la nouvelle mairie de Jean Nouvel et le Design Center mais c’est une très bonne chose pour Montpellier que de grands noms construisent de tels bâtiments. Pour Massimiliano Fuksas, vous me l’apprenez (rires). Mais il n’y a pas que ces projets pharaoniques, toute l’agglomération montpelliéraine est en constante mutation. C’est incroyable !


Vous êtes passé de la finance au design et à l’architecture d’intérieur. Pourquoi avez-vous complètement changé de carrière et de vie ? Il faut savoir que j’ai toujours eu la fibre artistique. Je développais depuis un moment des projets personnels liés au design et à l’architecture d’intérieur. A la fin de mes études à Sciences Politiques, je ne me sentais pas prêt pour une carrière de designer alors j’ai cherché du travail. J’ai postulé chez JP Morgan avec à la clé une embauche quelques jours plus tard. Je m’occupais de la partie administrativo-financière liée à l’échange et à la gestion de titres internationaux. Je me suis souvent demandé ce que je faisais là mais j’y suis tout de même resté cinq ans. Ce job n’était vraiment pas ma tasse de thé et un jour m’a femme m’a convaincu de reprendre des études et de changer d’activité. Le design était dans un coin de ma tête depuis longtemps. Je me suis inscrit à l’examen d’entrée de l’ISD à Valenciennes que j’ai réussi, me permettant ainsi de raccourcir le cursus de deux années. J’y ai appris à canaliser mon énergie car je voulais tout faire tout de suite, et à comprendre le processus de développement d’un projet. Ce fut un
moyen de me rassurer en quelque sorte sur mes capacités.


J’ai vu que vous aviez travaillé avec Xavier Lust et Arne Quinze. Que retenez-vous de ces années passées auprès de grandes figures du design belge et international ? Dans le cadre de ma formation, il fallait se trouver un stage de six mois. J’ai frappé à la porte de Xavier Lust dont le studio est installé à proximité de chez moi. Chez lui, j’ai appris la précision, l’importance du détail. Chez Arne Quinze, c’était autre chose, plus « fou » et débridé. Les idées fusaient dans tous les sens, c’était très énergique. J’ai d’ailleurs pu participer à la création de sièges de théâtre entièrement modulables (édités chez Moroso) pour l’architecte hollandais Rem Koolhaas. Ce fut vraiment deux belles expériences avant que je lance mon propre studio en octobre 2007 avec pour premier projet, le lancement de la marque Qui est Paul ?.


Comment définiriez-vous vos créations en quelques mots ? Difficile en quelques mots car cela dépend du type de projet sur lequel je planche. L’approche est différente selon qu’il s’agisse d’un travail spécifique de commande ou d’une vraie proposition de ma part. En ce qui concerne mes créations « libres », la première chose est de ne jamais perdre de vue la fonctionnalité de l’objet ou du mobilier, être centré sur l’utilisateur. Ensuite, je m’intéresse au côté architectural de la pièce, sa perception dans l’espace, sa personnalité selon le point de vue. Et puis je dirais la force graphique : les contours, jeux de couleurs…. Ce sont à mon sens les trois composantes primordiales. De plus, j’essaye également de trouver le juste équilibre sur un produit qui me parait parfois trop masculin, je travaille les arrondis ou je rajoute de la matière par exemple pour qu’il se féminise davantage.

Le fait d’avoir été élu « Designer of the Year » vous met-il un peu de « pression » pour vos futurs projets ? Absolument pas ! Je suis très fier de ce prix qui récompense mon travail depuis quelques années mais je n’ai aucune pression. Je devrais en avoir mais ce n’est pas le cas. C’est un coup de pouce incroyable ! Mais je garde les pieds sur terre sans trop me poser de questions et j’espère simplement que ce prix débouchera sur d’autres opportunités de collaboration.


Vous préparez la Biennale Intérieur de Courtrai ? Ma participation à la Biennale est un des avantages du prix Designer de l’Année qui m’a été décerné. Les organisateurs m’ont offert un espace d’exposition de 160 m² pour présenter mes productions, dont quatre nouvelles, qui sont d’ailleurs assez volumineuses. Une scénographie spéciale est prévue pour l’occasion avec un système de gradins, symbolisant le designer qui monte, qui permettra aux visiteurs de s’asseoir quelques instants sur le stand. La préparation de cet évènement est un travail à temps plein !

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© Photos : Portrait : Serge Anton / Mobilier : Studio Alain Gilles

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