Véritable expert de l’image, Patrick Siboni est aussi à l’aise dans le monde du septième art que derrière son petit objectif. Doté d’un background impressionnant, les pixels n’ont aujourd’hui plus de secret pour lui. Coup de projecteur !

Salut Patrick ! Tu as un bac S spé Maths et tu retrouves aujourd’hui dans un univers hyper créatif… Contrairement à ce qu’on peut dire, les maths ça sert toujours dans la vie non ? Ton parcours est d’ailleurs assez atypique… Bien sûr que les maths servent toujours dans la vie (rires). Cela me permet d’avoir une certaine logique dans ma manière de travailler. D’autant plus que l’image numérique est, à proprement parler, numérique. Après mon bac, j’ai fait une formation son-lumière-machinerie. Puis j’ai travaillé quelques temps dans le spectacle vivant. Le statut d’intermittent ne me convenant pas, j’ai repris mes études. J’ai intégré les Cours Bessil à Montpellier, une école d’architecture d’intérieur. C’est là que j’ai fait mes premiers pas en 3D. Ça m’a tellement plus que dès le diplôme en poche, j’ai enchaîné avec une école d’effets spéciaux cinématographiques, l’école Georges Méliès à Orly en région parisienne. J’ai par la suite présidé cette école pendant 5 ans..

Tu es devenu au fil du temps un spécialiste de la retouche, des effets spéciaux… pour le cinéma particulièrement. Tu fais partie des hommes de l’ombre… Oui on peut dire cela (rires). J’ai commencé comme graphiste 3D, pas longtemps puis on m’a très vite proposé un poste d’assistant Flame. Humainement j’ai vraiment payé ce poste mais cela m’a permis par la suite de bosser sur différents types de projets pour le Cinéma, la Publicité ou les Clips. Ce n’est pas toujours un plaisir, cela dépend du client mais j’ai quand même de très bons souvenirs. J’ai par exemple travaillé avec Jean-Paul Goude sur la pub « l’Homme de Guerlain », ou avec Jan Kounen sur 99 Francs. C’est toujours très enrichissant de pouvoir partager des points de vue avec ce genre de « Monstres ». Sinon et cela arrive de plus en plus souvent malheureusement, je suis amené à faire le robot pour des petits incompétents qui sont juste là pour justifier leur salaire et donc tirer sur la corde jusqu’à ce qu’elle cède. On est plus du tout dans un système créatif mais dans une réalité économique bien pourrie. Tu finis tard, crevé et pas très satisfait du résultat. Le pire dans tout cela c’est que notre CV dépend des images que nous fabriquons. Si les images ne sont pas géniales, au fil du temps on peut se retrouver avec un mauvais CV. Je suis aussi par la suite devenu étalonneur. Cela consiste en gros à calibrer les couleurs des films, à les raccorder entre elles mais aussi à définir l’ambiance, le sentiment du spectateur. C’est un peu moins technique que le trucage mais cela demande nettement plus de sensibilité.

Photographie, vidéo, peinture…tu as de multiples casquettes. La photo c’est plus pour le plaisir ou c’est devenu une véritable activité pro… C’est la partie de ton travail que l’on connaît le mieux finalement. Oui j’essaye de diversifier mes activités dans cet univers de l’image. Les prémices remontent à 1998 lorsque mon père m’avait offert un appareil. Un petit gadget à 2 Millions de pixels. C’était plus de la curiosité à cette époque, le plaisir de capturer des moments, sans réelle ambition. J’ai réellement débuté la photographie il y a quelques années après m’être offert mon premier réflex. Je l’avais acheté pour faire mon film d’étudiant. Il est resté dans le placard pendant 1 an puis lors d’un voyage à New-York je l’ai ressorti et là je me suis fait envoûter. Chaque photo prise à New York me paraissait dingue. Une fiction. Depuis je ne l’ai pas lâché. Ça m’a vraiment motivé à continuer. Du coup lorsque la crise économique de 2008 a été annoncée, cela m’a laissé pas mal de temps pour développer cette activité qui est vite devenue addictive. On ne peut pas réellement dire que je suis photographe professionnel si on entend par là, quelqu’un qui a régulièrement des contrats pro mais je songe à passer le cap.

Portraits, lives, paysages, mode… tu touches un peu à tout. Pourquoi se priver ? (rires). On m’a souvent dit que mes Paysages étaient des cartes postales. Ça m’a un peu refroidi mais après tout, j’aime bien les cartes postales (rires). Pour les photos de mode on ne peut pas vraiment dire que j’en ai faites. Cela demande de travailler en collaboration avec des maquilleurs, coiffeurs, stylistes. Mais je commence à le faire, plus par affinités amicales que professionnelles. Par exemple pour Mise en cage, un showroom de lingerie de luxe tenu par Florence Abelin. J’ai un penchant pour les « gueules », les portraits au sens moins classique du terme et les séries avec des personnages qui « parlent ». J’ai horreur des modèles qui « posent » et qui attendent le « clic » pour bouger. Si j’ai besoin de personnes mortes, je peux aussi aller au musée Grévin. Le côté réaliste m’attire davantage, le vrai rire, la vraie peur, l’inquiétude, l’orgasme. J’aime faire jouer, faire réagir mes modèles, qu’ils soient spontanés, qu’ils paraissent parfois surpris. J’aime provoquer quelque chose chez eux.

Comment tu définirais ta signature visuelle en quelques mots ? En trois mots je dirais : le format – le cadrage et les couleurs. J’ai une préférence pour les formats horizontaux. J’utilise plus souvent mes cervicales pour tourner la tête que pour la lever ou la baisser. Je trouve que le format horizontal a une certaine logique. Pour ce qui est du cadrage, j’utilise la règle des tiers, le nombre d’or, le rectangle d’or…. Bien souvent j’enlève mes lunettes pour cadrer. Le flou me permet de voir la dynamique globale de l’image, ses lignes de forces. Je mets le cadre au service de l’image et non l’inverse. Je ne fais pas une photo pour qu’elle rentre dans un 60×80. Ça pose quelques problèmes pour les encadrements qui doivent être faits sur mesure. Enfin, la couleur… j’ai mes petites recettes et globalement, l’ensemble de mon travail est cohérent.

Tu as un certain goût pour l’univers du tatouage , du piercing ou du bondage par exemple. Après mon retour de New York, alors que je ne quittais plus mon appareil, j’ai été invité à boire un verre par un vieil ami. Il y avait ce soir-là plusieurs performances : une suspension, un bondage au sol, des aiguilles dans les bras…. Évidement j’ai dégainé et le résultat était pour moi tellement fort, que j’ai recontacté les performeurs qui m’ont par la suite invité à les suivre. De fil en aiguille, j’ai rencontré de nombreuses personnes ayant une « conception de l’univers » tellement différente de la mienne, que cela ne pouvait être qu’enrichissant. Nous avons tous nos petites « pathologies ». Pour certain, cela se voit au premier coup d’oeil mais en vérité, j’ai bien moins peur d’un homme avec des implants sous la peau du crane qu’un gars tout propre en costard cravate.

Tu aimes bien te mettre en scène également… Bien souvent c’est expérimental avant de commencer une série. En termes d’organisation c’est beaucoup plus simple. Cela me permet de tester les choses sans aucune pression. Mon amour pour la photo vient de ma passion pour les espaces colorimétriques, du signal électrique, du traitement numérique…. et ouais, les maths (rires). Pour avoir quelque chose à travailler, il faut de la matière et il m’arrive donc de me prendre en photo. Comme un cuisinier, j’ai besoin de faire les courses pour préparer un petit plat. Dans ce cas précis, ce qui m’intéresse c’est la forme au détriment du fond.

Quels sont les projets pour 2012 ? Il y a ta série « Alives » que tu as récemment actualisée… Alors justement, cette année je compte bien mettre un peu plus de « fond » dans mes images. Je travaille sur plusieurs scènes que j’aimerais bien réaliser. J’ai des choses à dire, alors autant utiliser les images pour le faire et cela sans abandonner les travaux en cours. Je viens de mettre à jour ma série intitulée « Alives » comme tu le disais. Je le fais régulièrement. Cette série est loin d’être finie. D’ailleurs, elle ne sera terminée que lorsque je l’aurais décidé. Elle est sans fin. J’aime l’idée de ces humanoïdes sans vie qui partagent les nôtres. A l’instar des mannequins utilisés dans les villages où se passaient les tests nucléaires. Il y a quelque chose de terrifiant dans ses êtres sans vie et pourtant si expressifs. Pas mal de choses de prévues à vrai dire pour 2012. Et puis je prépare une exposition personnelle qui aura lieu au mois de septembre à Lyon, chez Marquis, un salon de tatouage du 2ème arrondissement.


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