Trois ans après la parution de «Love 2» mais surtout quatorze ans après Moon Safari, le groupe de musique électronique Air revient dans les bacs avec un nouvel album dont le point de départ est leur travail sur la bande son de la restauration du film muet classique «Le voyage dans la lune» de Georges Méliès. On a dansé sur la lune !

Lors du dernier «Festival de Cannes», on a pu découvrir une version colorisée, revue et corrigée du célèbre court-métrage de Georges Méliès : «Le Voyage dans la Lune». Sorti le 1er septembre 1902, ce film inspiré des ouvrages «De la Terre à la Lune» de Jules Verne (1865) et «The First Men In the Moon» de H. G. Wells (1901), avait été tourné en noir et blanc. Lobster Films, la Fondation Groupama Gan pour le Cinéma et la Fondation Technicolor, pour le Patrimoine du Cinéma, ont ensemble entrepris en 2010 une restauration du film de Méliès, présenté sur la Croisette le 11 mai. Georges Méliès avait déjà à l’époque colorié lui-même une version à la main. Longtemps donnée pour perdue, la bobine très endommagée a été retrouvée, alimentant la légende. Près d’un an de travail fut nécessaire pour réassembler les fragments d’images et les restaurer une à une, comme le permettent les avancées du numérique aujourd’hui. À l’époque de la sortie du film, les projections étaient toujours accompagnées d’un musicien sur scène qui jouait des airs « à la mode », façon piano bastringue. Pour réinsuffler au mieux la vie à cette oeuvre, il fallait aussi une nouvelle bande originale. C’est le groupe Air qui a donc été sollicité en Mars 2011 et a travaillé bénévolement.

Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin connaissaient déjà assez bien l’univers de Méliès , voire même disent-ils de manière «inconsciente « et on veut bien les croire….Un disque inspiré de cette bande originale et comptant onze morceaux , intitulé sobrement «Le Voyage dans la Lune», vient rejoindre la discographie «piste aux étoiles « déjà dense d’une dizaine d’albums, collaborations ou BO, du groupe versaillais de musique électronique. Air a souhaité faire passer les sensations d’un voyage entre la Terre et la Lune en s’approchant au plus près de l’espace imaginaire du cinéaste, inspiré par cet univers lunaire et onirique qui leur correspond bien, eux qui se décrivent comme «très astronautes». Pour eux, il fallait prendre le spectateur par la main et raconter mieux l’histoire pas toujours claire de ce film muet dans lequel les sons remplacent les paroles. C’est donc logiquement un album riche et très attendu qui en découle. Un travail de fond sur les claviers, comme à leur habitude, mais aussi un son très organique rappelant des battements de coeur, dopé à l’adrénaline ou encore des bruits de moteur imaginaires et des bips de machines toujours en éveil, en sont les chevilles ouvrières. De belles voix intemporelles viennent se poser telles des nappes, celle de Victoria Legrand de Beach House et des filles d’Au Revoir Simone. Un trip psychédélique et charmant à souhait.

Céline Floret / © photo : Wendy Bevan

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