Quelques heures avant son départ pour New-York, Damien Vignaux a pris le temps de nous éclairer sur ses multiples activités. Design graphique, photo, vidéo, musique, Elroy navigue avec brio dans le champ de la création numérique. Interview depuis Berlin.

Tu es originaire de Toulouse et tu habites désormais à Berlin. Comment ça va Outre-Rhin ? Quelles différences ressens-tu par rapport à la France au niveau de ton activité ? Ça doit changer du Sud ? Je suis à Berlin depuis deux ans et demi déjà. C’est d’abord un confort de vie et une culture que j’aime particulièrement, j’ai toujours été plus scandinave que latin dans la logique, et puis c’est une ville pleine d’inspirations et de ressources. J’avais déjà une activité stable avant de venir ici mais le fait de rencontrer plus de monde dans les milieux de la musique et de la mode notamment a beaucoup enrichi mon travail. Les mentalités sont aussi très différentes de la France, les gens sont plus généreux et ouverts je trouve, et la ville est tellement excitante qu’on oublie facilement la rudesse des hivers.

Explique-nous d’où vient ton pseudo Elroy ? C’est un mélange de beaucoup de thèmes et de prétextes. Je portais ce pseudo à l’époque de la fac et du street art, et le garde parce que dans beaucoup de projets je suis toujours identifié sous ce nom. C’est une logique très street, ça part du vieux français le roy, et mes premiers visus étaient des déclinaisons de blasons. J’aime que ce soit aussi simplement un prénom, ça fait un deuxième prénom un peu bizarre entre mon prénom et mon nom très franco-français.

Tu partages ton temps entre trois activités principales : design graphique, photo et vidéo. Et puis il y a aussi la musique avec The Escapists. Tu passes d’une activité à l’autre facilement ? Je vois un peu tout de la même manière. Les différents médias restent des outils de traduction d’une idée, moi j’aime bien raconter des histoires, explorer des thématiques et faire de la mise en scène ou de la composition. C’est dans ma logique de jongler d’un support à l’autre et quand j’ai l’impression de sécher sur un sujet je le transfère pour avoir de nouvelles perspectives. Je prends autant de plaisir à dessiner ou à shooter, ou à être en studio pour différents projets. Chaque médium a ses spécificités et ses richesses / faiblesses qui t’obligent à re-questionner ton travail. Ça fait du bien de se forcer à penser différemment.

Elroy c’est 1% d’inspiration et 99% de transpiration c’est bien ça ? Dit comme ça ça sonne un peu laborieux, je ne voudrais pas donner l’impression que je souffre à la tâche ! Mais ça reste de l’organisation et beaucoup de travail, surtout de mener de front photographie, motion, illustration et musique. Je crois que j’avais dit ça dans une interview pour disqualifier un argument du genre « oui mais toi tu as du talent, moi je ne suis pas bon en dessin ». On ne nait pas bon en dessin ou en photographie, on a peut-être plus de curiosité qu’un autre mais au final c’est le temps qu’on passe à rechercher et travailler qui fait qu’on avance.

On te connaît avant tout pour tes qualités d’illustrateur/graphiste. Qu’est-ce qui t’as dirigé vers la photo ? Je crois savoir que tu utilises principalement le numérique n’est-ce-pas ? Le développement en labo est-il une prochaine étape pour toi ? J’ai toujours shooté. J’ai collectionné les vieux appareils que je réparais (5×4, chambres, 6×6, 6×9…) et j’ai toujours un bon vieil agrandisseur Durst M 605 qui est resté en France. C’est comme pour la musique, quand j’apprends quelque chose j’ai besoin de connaître la base, je voulais savoir tirer sur baryté avant de passer au numérique, comme j’ai voulu savoir mixer vinyle même si maintenant je joue plus volontiers sur CD pour des raisons pratiques. Seulement le labo prend un temps fou et le temps c’est une denrée précieuse chez moi ! Je faisais beaucoup d’études de paysage, j’avais une pratique assez geek, très technique, et quand je me suis installé à Berlin j’ai eu accès à plein de ressources : des jeunes stylistes géniaux, des make-up artists et de fil en aiguille des petites puis très grosses agences de modèles. J’ai shooté pour un magazine, puis deux, puis une cover… ça s’est passé le plus naturellement du monde et ce n’était pas vraiment mon ambition il y a un an ou deux. Du coup je continue à expérimenter pour étoffer mon éventail de techniques et toujours shooter des projets mieux pensés.

Côté High-Tech, avec quoi tu bosses : Apple, Canon, Nikon… ? Tu suis de près l’évolution des outils ? Je ne suis pas un fou de technique, quand je me sens confortable avec un outil je ne me jette pas sur le premier truc qui sort. Je shoote au Canon 5D mark II, c’est un appareil flexible que j’adore.

J’ai lu qu’en ce qui concerne le graphisme, tu suivais de près les travaux d’Alex Trochut ou Théo Gennitsakis par exemple. Au niveau photo, as-tu des références ? Niveau photo, passés les grands classiques comme Lindberg, Newton ou Ellen Von Unwerth, je suis beaucoup Marcus Piggott et Mert Alas par exemple, ou de jeunes photographes comme Antonella Arismendi.

Toutes ces domaines dans lesquels tu excelles se rejoignent à un moment donné : mélange d’illustration et de photo, réalisation de vidéos avec les web-documentaires (Supa&Kora) ou les publicités (Canal Savoir)… C’est le but, que tous les domaines se répondent et construisent quelque chose de plus riche.

Quelle approche privilégies-tu justement pour la vidéo ? C’est un domaine dans lequel tu es véritablement plongé en ce moment ? J’essaie de me détacher du côté technique pour travailler la narration mais c’est un passage très difficile pour moi. Je crois que j’ai un côté un peu « Tarantinesque » dans l’approche, presque fétichiste, j’aime repérer et utiliser / combiner / déplacer les codes de genres différents, j’adore travailler sur des esthétiques opposées et en décortiquer les référents. Le danger c’est toujours d’hyper-styliser les rendus ou de vouloir trop contrôler la manière dont se traduit l’idée originale. La vidéo m’aide beaucoup parce que c’est plus direct et expérimental que la photo, tu triches moins. Je bosse en ce moment sur des formats entre le court métrage et le clip, dont les premiers devraient sortir d’ici janvier à mars.

Où t’emmènera le prochain shooting ? Je pars cette semaine à NYC shooter pour une marque de montres suédoise avec Supakitch et Koralie dans leur studio à Brooklyn. Je reste ouvert aux projets qui collent à mon esthétique, je verrai où ça mène. Mais je pense shooter plus à Berlin aussi sur des productions studio mieux composées. Par contre pour le film j’ai besoin de sortir et d’explorer, j’étais justement en mission de reconnaissance dans les montagnes pyrénéennes pour une
vidéo « The Escapists ».

Tu fais également partie du collectif Bisou GTI. Avez-vous des projets en cours actuellement ? On ne sévit plus trop sous ce nom. Humanleft est maintenant à Bordeaux où il a ouvert le Rayon Frais, un shop monstre classe et il continue de sortir des tracks sur le label de Modeselektor, Dlid reste toulousain, moi je suis installé à Berlin et Neopen vient de m’y rejoindre. Bon on se voit toujours mais maintenant on se rassemble sous un autre nom : La confrérie des chevaliers de l’entrecôte. On se fait des bonnes bouffes. Par contre côté musique j’ai maintenant deux projets porteurs : The Escapists comme tu le sais mais aussi OBLAST avec Jas de WAT et Miimo. On développe un concept de live deep techno très berlinois avec une imagerie noir et blanc entre mode et court métrage, ça va être une affaire à suivre pour les festivals l’été prochain.

Que retiens-tu de l’actualité mondiale en ce moment ? Qu’est-ce qui t’énerve ou te révolte ? Je vis dans un pays dont je ne parle pas la langue et je bosse un peu jour et nuit pour résumer. Je suis de loin les campagnes pour la présidentielle que je trouve ridicules, mais reste en règle générale détaché de l’actualité.

Un dernier mot… ? http://soundcloud.com/oblast Je dis ça, ce n’est pas pour l’auto-promo, c’est pour vous…

www.elroy.fr
http://vimeo.com/elroyo
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