L’univers artistique de Carlo Mollino suscite toujours autant d’intérêt et de questions près de 40 ans après sa disparition. Génie créatif, il a bâti quelques-uns des plus beaux édifices de Turin et dessiné des pièces entrées dans l’histoire du design d’après-guerre. Focus.

Architecte et designer de métier, Carlo Mollino a durant toute sa carrière diversifié ses activités de création. Mode, photographie, écriture, ce touche à tout a laissé derrière lui une collection impressionnante d’oeuvres d’art dont certaines furent révélées après sa mort, à l’image de ses 2000 polaroids de filles de joie turinoises. Une autre partie de son travail a suscité un intérêt considérable de son vivant comme la Bisiluro, voiture de course engagée aux 24H du Mans en 1954 ou son singulier mobilier jouant sur les courbes.

Photographe, créateur de décors pour le théâtre et le cinéma, amateur d’écriture et féru de ski alpin, ce fils d’ingénieur avait la capacité d’être souvent là où l’on ne l’attendait pas. Mais la base de son travail prend forme dans la construction de bâtiments à Turin, sa ville natale : l’auditorium de la Rai (1952), le Teatro Regio reconstruit en 1966 après un incendie ou la Società Ippica Torinese bâtie avant la guerre et détruite en 1960. Les édifices publics ne constituaient qu’une facette de son activité puisqu’il a également réalisé et décoré une demi-douzaine de villas dans son fief historique, dont la Casa Mollino, sa maison personnelle dans laquelle il a rassemblé tout au long de sa vie une multitude d’objets, sculptures, mobilier, tableaux… Une sorte de pyramide privée pour cet homme fasciné par le tombeau de Kha, architecte royal de l’Egypte, et par l’existence possible d’une vie après la mort. Sa capacité d’invention et son expertise l’ont logiquement dirigé vers le design de mobilier. Des pièces (chaises, bureaux, fauteuils, sofas) qu’il fabriquait spécialement pour ses clients contrairement à une production de série et qui sont aujourd’hui devenues très rares. Sofa Capitonné (1939), Bureau Roll Top (1950), Table Arabesque (1949), Chaise Hommage à Gaudi (1949). La plupart d’entre elles, fabriquées à base de bois, affichent des lignes directement inspirées des formes du corps humain, particulièrement les courbes féminines.

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