Ceux d’entre vous qui sont passés à Sète pour voir l’exposition Les Territoires de l’Art Modeste ont du remarquer le mur géant réalisé par l’artiste Romon Kimin Yang aka Rostarr. Peintre, calligraphe et vidéaste, ce Coréen d’origine installé à New-York est l’un des fondateurs du collectif Barnstormers. Interview.

Peux-tu nous expliquer l’origine de ton nom d’artiste ? Rostarr est un pseudonyme qui m’a été donné en 1991 par Rod Smith, un ami de chez Shut Skates. Ça me faisait penser au type de nom qu’une grande entreprise pourrait utiliser pour s’identifier. Et puis à cette époque, je voulais que les gens jugent uniquement mon travail sans se soucier de mes origines donc j’ai décidé de choisir un « nom de plume ».

Tu vis et travailles à Brooklyn. Que représente ce quartier pour toi ? Brooklyn représente le côté le plus authentique de la vie New- Yorkaise et il existe selon moi un vrai sens communautaire dans ce quartier. C’est comme le Ying et le Yang avec Manhattan. « Brooklyn is the Planet » !

C’est quoi le style Rostarr ? J’aime à penser que mon style n’en est pas vraiment un. Pour moi faire de l’art est un processus de développement qui continue à évoluer au fil du temps, je ne peux pas être le type d’artiste que l’on catégorise dans tel ou tel style artistique.

J’ai remarqué que tu aimais beaucoup la géométrie. D’où vient cette utilisation très poussée des formes géométriques ? Tu manies un nouveau langage que tu as appelé « Graphysics »… J’ai toujours été un grand fan du Cubisme, mais l’utilisation de ces formes provient plus de ma compréhension du design iconographique, du jeu entre l’espace positif et négatif (ce terme se rapporte à la juxtaposition de formes et d’un plan dans une composition) et de la création de personnages et de formes abstraits. J’appelle mon travail « Graphysics », car il est dérivé des techniques, procédés et outils de l’art graphique (l’iconographie, le numérique, la calligraphie, le pinceau et l’encre) et fusionné avec la physique (la science de la matière, l’énergie, le temps et l’espace et l’interaction entre eux).

D’un autre côté, tu utilises le noir & blanc pour tes travaux calligraphiques… J’aime l’approche plus traditionnelle de la calligraphie, dans le respect de la forme artistique. J’utilise principalement le noir & blanc, mais j’aime aussi les travaux calligraphiques très colorés. J’ai commencé à explorer cette technique en 2001, autour des évènements du 11 septembre, au moment où j’ai aussi orienté ma peinture vers un style plus calligraphique et expressionniste.

Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Incase ? J’ai récemment collaboré avec Incase pour la création de trois produits : des étuis pour ordinateur portable, iPad et iPhone sur lesquels on retrouve mes artworks géométriques. Ce projet était basé sur une série de peintures abstraites sur le thème de la psychologie de « l’esprit de compétition », inspirée du Tour De France et de la rivalité entre Alberto Contador et Lance Armstrong. Ces deux coureurs luttaient à la fois pour défendre les couleurs de leur équipe Astana et rivalisaient en même temps à titre individuel.

Tu es venu à Sète l’année dernière pour l’exposition « Les Territoires de l’Art Modeste ». Quel est ton sentiment sur cette expérience ? Comment s’est déroulée ton installation ? Oui c’était vraiment génial de venir à Sète durant deux semaines. Ma femme Magali est venue avec moi et m’a assisté pour l’installation de mon oeuvre, un mur de 30m de long et 10m de large. Un des plus grands que j’ai eu à réaliser. Le MIAM m’avait demandé « d’éclabousser » le mur principal dans un style que j’appelle « Blessings ». Le titre est Sète by Night, inspiré par mon séjour dans la ville et par une nuit durant laquelle j’ai observé le ciel et les étoiles de mon hôtel. J’ai longuement regardé la Lune et l’Etoile du Berger, que j’ai réinterprétées et ajoutées au mur comme touche finale.

Sur quoi travailles –tu en ce moment? As-tu des projets en vue avec les Barnstormers ? Actuellement je travaille avec Agnès b. sur des expositions et des vêtements, une pochette d’album pour la dernière compilation du label Truth & Soul intitulée « Fallin Off The Reel III ». Et puis je prépare mes prochaines expositions personnelles qui auront lieu en 2012 à New-York, Mexico et Tokyo. Malheureusement les Barnstormers (collectif composé d’une quarantaine d’artistes) sont tous très occupés par leur carrière personnelle et nous n’avons pour le moment aucun projet commun mais qui sait ? C’est toujours une bonne surprise quand nous nous retrouvons.

http://rostarr.com