J’ai découvert The Rapture en live en 2002 au Sodoma de Reykjavik lors du festival automnal annuel Iceland Airwaves. Dans ce bar légendaire de la vieille ville ou les Hives s’en jetaient un, qui était loin d’être leur dernier verre, ces gamins américains mal peignés, qui donnaient un de leurs premiers shows en dehors des Etats Unis, avaient mis une sacrée claque à l’audience nordique. Une prestation toute en tension combinée à une énergie brute, posa la marque de fabrique de ce jeune combo formé à San Diego en 1998, dont je ne connaissais alors qu’un Ep jaune distribué par Sub Pop, Out of The Races and Onto The Tracks.

On assistait à une mouture toute fraiche de la recette idéale : mélange d’une part post punk avec une voix claire en permanence au bord de la rupture s’adressant en ligne droite à votre cerveau ; d’autre part une lame de fond au pouvoir hypnotique prête à vous faire décoller les pieds, avec des reminiscences de basse disco et des sons acid house perchés là où il fallait. Un héritage transatlantique de la déviance mancunienne façon Happy Mondays ? En tout cas un signe annonçant le grand défouloir à venir des années 2000 : DFA, déjà à la production du disque. Avec la parution de Echoes en 2003, ce fut l’accueil critique enthousiaste, album de l’année pour le site Pitchfork. La force de The Rapture fut aussi d’être un infatiguable groupe de tournée, compagnons de route des Cure, d’Interpol ou encore des français de Daft Punk pour leur grande tournée américaine en 2007.

L’album de 2006, Pieces of the People We Love, a été produit par Danger Mouse, Paul Epworth et Ewan Pearson, parmi les producteurs les plus influents et est sorti sur Vertigo, division de la major Universal. Il a offert la chanson No Sex for Ben au jeu video Grand Theft Auto IV, ainsi qu’ à un épisode de la série Gossip Girl mais a laissé certains auditeurs du début sur le bord de la route, de par son inégalité. Après le départ du bassiste Matt Safer en 2009, le groupe s’est resserré en trio autour de Luke Jenner, chanteur, Vitto Roccoforte, batteur et Gabriel Andruzzi, percussions, synthés et désormais à la basse. L’enregistrement du nouvel album s’est déroulé durant l’été 2010 entre Paris et New York, sous la houlette du producteur français membre de Cassius, Philippe Zdar. La sortie est prévue début septembre en France et aux US chez DFA Records. Il sera également distribué en Australie par le label Modular.

In The Grace Of Your Love retrouve la grace des débuts du groupe et assène 11 titres, dont l’accrocheur et déjà tubesque How Deep Is Your Love. Sur le morceau qui ne fait que commencer à tourner mais qui s’annonce comme une des heavy rotation de l’été, la voix de Jenner est mise en avant comme sur bon nombre de titres de ce nouvel opus. Plusieurs titres tiennent d’ailleurs enfin la bonne mélodie pop épurée , dégraissée vers l’efficacité, comme Sail Away ou Never Gonna Die Again. Certains morceaux secondaires apportent leur lot de trouvailles ingénieuses, comme le Come Back To Me, qu’on verrait bien remixé par les frappadingues de Noze pour accentuer l’effet nef des fous à la Jérôme Bosch. Il semblerait en écoutant les textes que les Rapture aient souffert pour sortir de leur post adolescence procrastinatrice. La maieutique de Zdar les a aidés à créer ce qui est peut être leur album le plus abouti. On pourrait les aimer d’autant profondément…

A ne pas manquer en live à la rentrée, le 5 septembre à la Maroquinerie à Paris, ainsi qu’à Nîmes le 10 septembre sur le chantier de la future SMAC La Paloma.

© Photo : D.R – Texte : Céline FLORET

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