Pour ce 49ème numéro, nous poursuivons notre exploration de l’architecture et du design modernes à travers quelques pionniers de ce mouvement phare de la première moitié du XXème siècle. Cette fois-ci nous nous attardons sur Jean Prouvé, ingénieur, designer et architecte français. Focus.

En 60 ans de carrière, Jean Prouvé a fait état de toute sa culture technique et de sa faculté à penser le mobilier et l’architecture du XXème siècle, en intégrant toujours les contraintes de son époque et sans jamais oublier l’utilité sociale collective. Fils de Victor Prouvé, peintre art nouveau, Jean rejoint, à son adolescence, les ateliers d’Emile Robert. A ses côtés, il apprend le métier de ferronnier pendant cinq ans avant de lancer son affaire sur la terre familiale, Nancy. A cette époque, le domaine privé fait régulièrement appel à lui : grilles d’entrée, rampes d’escaliers, verrières, devantures de magasins…. Le jeune Jean commence à faire parler de lui dans le milieu. Réputé pour sa technique de façonnage hors pair et ses nombreuses expérimentations, il se dirige vers la création de mobilier (chaises, bureaux, tables, étagères, lits…) à partir de 1924. La suite logique selon lui, étant donné le pouvoir limité de la ferronnerie. Sa carrière décolle lorsqu’il se rend compte du potentiel infini de la tôle d’acier qu’il va pouvoir expérimenter et utiliser à sa convenance. Il donnera ainsi naissance à quelques chaises fabriquées à l’aide de ce matériau d’une extrême finesse, qu’il travaille en partie grâce à la soudure électrique. « Tout objet à créer impose à la base une idée constructive rigoureusement réalisable ».

En 1929, il participe à la fondation de l’Union des Artistes Modernes avec Le Corbusier et Charlotte Perriand avec lesquels il collabore sur différents chantiers d’édifices. Puis il établit ses ateliers en 1931 par le biais desquels il poursuit la fabrication des meubles à base d’aluminium, un autre matériau de prédilection qu’il emploiera plus tard dans ses projets architecturaux, tout comme le bois, fréquemment utilisé lui aussi. La production industrielle devient son cheval de bataille. Cette dernière lui permet de sortir des séries de pièces, favorisant les économies et les réponses aux commandes qui lui sont passées : mobilier scolaire pour l’université de Nancy, CREPS d’Aix-en-Provence, usines & bureaux, hôpitaux… Le secteur public devient à son tour un terrain de jeu aux multiples possibilités.

Son savoir-faire s’étend à d’autres domaines de création comme l’architecture, particulièrement après la seconde guerre mondiale. Le pays est en pleine reconstruction et a besoin de talents comme Jean Prouvé. Suite au déménagement de son atelier en 1947, vient une seconde ère d’expérimentations pour lui : il souhaite transformer radicalement le processus de construction des bâtiments et pour ce faire, il met au point des systèmes modulables amenant à la réalisation de maisons, pavillons préfabriqués (pour les réfugiés en 1945 ; Maisons Tropiques au Niger et Rép. du Congo), portes, fenêtres, toitures et panneaux de façades, que l’on retrouvera par la suite sur les projets marquants de sa carrière.

Durant trois longues décennies (à partir de 45), jusqu’à sa disparition en 1984, Jean Prouvé aura grandement participé au renouveau de la France et à l’évolution moderne de la société, de l’urbanisme et des intérieurs. On lui doit nombre de bâtiments, d’habitations et de lignes de mobilier novatrices, caractérisés par une vision, une discipline et une technique de haut vol.