Amandine Urruty, 28 ans, dessinatrice, aime les poils, les chiens, la plupart des gens et la vie à l’horizontale. Et en plus de ça elle a répondu à nos questions pour une interview haute en couleurs et en créatures.

J’ai lu que vous aviez commencé par la chanson .. Dans une autre vie, je faisais effectivement partie d’un groupe obscur de chanson française dans lequel je chantais faux. Si cette expérience fut pour moi l’occasion de faire de belles rencontres, elle ne me permit malheureusement pas d’accéder à un statut de popstar internationale. Une fois mes rêves de duos avec Katy Perry abandonnés, je décidai donc de me concentrer sur les petits personnages que j’avais commencé à élaborer pour illustrer nos affiches de concert.

Ce n’est pas trop compliqué de travailler sur son lit ? Le plus compliqué est certainement de trouver un petit ami qui accepte de dormir dans les épluchures de crayons. Pour le reste, il m’a toujours semblé que c’était une façon astucieuse de lier travail et plaisir.

Comment décririez-vous votre univers, votre petit monde peuplé de créatures ? Comment procédez-vous pour les idées et pour le dessin ? Initialement, mes personnages étaient conçus comme de petites poupées à l’aspect minimaliste, dépourvues de nez, de bouches et de doigts, uniquement munies de grands yeux. Leur aspect s’est grandement complexifié au fil du temps et des associations d’idées : c’est ainsi que les dents, museaux, tentacules et autres couvrechefs ridicules ont fait leur apparition. En résulte une sorte de bestiaire au décorum baroque, où les colonnes doriques ont cédé la place à une forêt de knackis.

Le processus de composition de mes images pourrait donc se résumer à l’application d’une logique additive élémentaire, articulée selon le principe suivant : castors + saucisses + barbapapa = cool.

Les dessins sont ensuite laborieusement réalisés aux crayons de couleur en suivant un mode opératoire interminable et rigoureusement établi : croquis, recroquis, choix des couleurs et – enfin – réalisation finale.

D’où vient cette passion pour les animaux et créatures qui sont au centre de vos créations? Est-ce une manière de représenter notre côté animal ? J’ai toujours collectionné les livres animaliers car ils semblaient constituer un réservoir presque inépuisable de formes. Plus tard, j’ai eu une révélation en découvrant le bestiaire montrueux d’Ulysse Aldrovandi, puis le reste de l’imagerie animalière fantastique, médiévale notamment.

Pour tout dire, c’est une fascination que j’aurais beaucoup de mal à expliquer, mais elle est certainement née au cours de mes longues après-midis passées au poney-club avant de s’épanouir finalement sous une couette, en feuilletant un énième dictionnaire de symboles.

J’ai lu que vous aviez participé au projet Pictarot de Pictoplasma. Comment s’est-il déroulé ? Vous serez justement au festival au mois d’avril, que représente-t-il pour vous ? Cela s’est déroulé le plus simplement du monde. J’ai croisé Lars et Peter à la galerie LJ, à l’occasion du vernissage de l’exposition «Pen to Paper». Ce fut l’occasion pour eux de me faire savoir qu’ils aimaient bien les deux petits dessins accrochés  dans la galerie. Ils m’ont recontactée par la suite pour me proposer de participer tout à la fois à leur projet de jeu de cartes divinatoires, Pictarot, à leur future «Character Encyclopaedia» ainsi qu’à leur festival berlinois d’avril. J’avoue que je rêvais secrètement de collaborer un jour avec eux mais, comme à mon habitude, j’avais décidé de ne pas forcer le destin et d’attendre patiemment que l’occasion se présente. Je suis donc très heureuse et impatiente de me rendre à Berlin pour le festival, même si la perspective d’y faire une conférence m’entraîne aujourd’hui à faire d’abominables cauchemars dans lesquels, la peur aidant, je perds toute dignité.

Il y a également le festival de la bande dessinée d’Albi pour lequel vous avez créé l’affiche… Votre art s’inscrit-il un peu dans ce mode d’expression ? Oui, il s’agissait du festival Rétine, organisé par les Requins Marteaux et qui sera sous peu délocalisé à Bordeaux

. Ces petites précisions faites, même si j’en lis extrêmement peu, l’imagerie liée à la bande-dessinée constitue nécessairement un référent pour moi. Au fond, il s’agit tout de même de dessiner des «mickeys».

Quant à l’idée de réaliser une band edessinée moi-même, j’avoue m’être mollement lancée dans un projet de ce type il y a quelques temps. Tentative semiinfructueuse, mais je n’en abandonne pas l’idée pour autant.

Continuez-vous la peinture sur corps ? Pensez-vous tatouer un jour ? En ce qui concerne la peinture sur corps, ce fut une expérience inattendue et circonstancielle. Je me trouvais par hasard dans les loges de la Star Academy, et Philippe Katerine n’avait plus rien à se mettre. Deux-trois séances de badigeonnage plus tard, je décidai de mettre un terme à ma carrière de peintre sur corps, convaincue qu’il me serait impossible de retrouver un support d’une telle qualité.

Quant au tatouage, c’est une pratique avec laquelle j’ai un rapport un peu trouble : je crois que le caractère définitif de l’affaire me perturbe. Ceci dit, je suis tout de même heureuse de savoir qu’il existe au moins deux personnes qui portent un dessin à moi, l’un d’entre eux l’ayant réalisé à l’occasion de l’exposition «Burning Ink» organisée par Redux chez Bleu Noir à Paris.

Tatouer moi-même .. j’en rêverais, mais je crois qu’il serait plus sage de m’entraîner sur un jambon.

Cette interview est l’occasion de parler de la sortie de votre premier livre au mois de mars … On ne peut rien vous cacher ! ( rire)Le livre s’intitule «Robinet d’Amour», il s’agit d’un recueil d’images de 128 pages, contenant une grande partie de dessins inédits. Je crois qu’ils parlent de romance et de mucus. Le livre sortira en mars chez les Requins Marteaux.

Y a-t-il de nouveaux supports sur lesquels vous aimeriez travailler et une prochaine exposition programmée ? Je dois très prochainement travailler sur un projet de livre jeunesse.

Et en ce qui concerne les expositions, justement, il y en aura quelques-unes dans les temps à venir. A Paris tout d’abord, du 18 mars au 2 avril, avec Arts Factory, dans un lieu nommé La Place Forte (métro Arts & Métiers). J’exposerai ensuite à la Mauvaise Réputation, à Bordeaux, du 24 mars au 25 avril, mais également à Berlin, avec la galerie LJ à l’occasion du festival Pictoplasma. Que d’occasions de sortir mes plus beaux pyjamas !

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