Né d’une mère professeure de dessin et d’un père sculpteur, Noé Duchaufour-Lawrance baigne très tôt dans un univers artistique. Un parcours tout tracé ! Véritable touche-à-tout, il est aujourd’hui l’un des designers les plus demandés du moment.

Bonjour Monsieur Duchaufour,

Se lancer dans une carrière « créative » était quelque chose que vous aviez en tête depuis toujours étant donné votre environnement familial ? Je pense en effet que mon environnement familial a beaucoup influencé ce choix, avec un père  sculpteur, une mère professeur d’arts plastiques. Je dessinais déjà beaucoup.

J’ai lu que vous aviez été formé à la sculpture sur métal et que vous aviez ensuite intégré la section Mobilier des Arts Décoratifs. Quels liens faites-vous entre ces disciplines et votre métier au quotidien ? Le sens de la forme, de la matière, la quête de vérité, aucun mensonge n’est possible en sculpture, on ne peut pas se dérober, il faut savoir affronter la peur du vide, être rigoureux. Car c’est une discipline, solitaire,  je pense que tous les designers doivent se confronter à la matière directement au-delà du calcul, et de la conception. C’est une excellente école. J’avais aussi une grande soif de liberté et je savais que le design était un métier d’écoute, qu’il a fallu que j’apprenne par la suite.

Comment définiriez-vous votre approche du design ? Le design, c’est répondre par la création d’objets qui s’inscrivent dans notre environnement par l’usage de la matière et par sa transformation industrielle ou semi industrielle, à des besoins, pratiques en s’inscrivant dans une problématique économique, une échelle sociale et   environnementale. Dis comme cela, ce serait extrêmement ennuyeux et inutile de continuer dans cette direction car tout existe, et la seule dimension qui motiverait encore cette profession serait une dimension marketing. (C’est malheureusement le cas pour la plupart des nouveaux projets.) L’homme étant en permanente évolution et mutation, le design se doit de l’accompagner avec harmonie, en s’inscrivant dans un environnement global, c’est ma vision du design, en s’inspirant de ce qui existe dans notre environnement naturel, créer des outils en s’écartant au mieux de l’artifice, pour nous reconnecter avec l’essentiel, notre environnement naturel et social. Ce serait assez facile si le mot essentiel n’existait pas dans cette démarche.

Vous attendiez-vous à une réussite si précoce après la réalisation de Sketch ? Je ne pense pas que l’on puisse se diriger vers cette profession sans passion, moteur de beaucoup de labeur. Je n’estime pas avoir réussi quoi que ce soit, je travaille beaucoup, ma vie et mon travail ne font qu’un,  je suis heureux d’avoir de plus en plus de liberté par la confiance que l’on peut m’accorder car ce travail commence a être reconnu,  pour ça je pense avoir eu de la chance d’avoir eu l’ opportunité de pouvoir convaincre au travers de projets comme le Skecth ou le Senderens. Mais encore une fois sans travail, ce ne serait pas arrivé.

Pourquoi avoir choisi le nom de Néonata pour votre agence ? L’idée de travailler avec des collaborateurs sur des projets sous mon nom comme enseigne m’impressionnait ! Aujourd’hui Néonata est une structure administrative et va s’effacer pour faire place à nouveau à mon nom, nous refondons actuellement la charte graphique, le site (ou l’épave qu’il en reste) car quoi que je fasse cette agence est le reflet de ce que je suis, j ai fini par l’assumer.

Qu’est-ce qu’un objet qui a du sens pour vous ? Un objet qui me procure une émotion, avec intelligence. Un objet qui est débarrassé d’artifices, qui ne correspond à aucun cycle, aucune mode. La baguette de sourcier, une cane, une pierre taillée…une gamelle en bois… le design doit se rapprocher de cet  essentialisme enrichi de la connaissance de notre époque.

La nature joue un rôle important dans votre démarche n’est-ce pas ? Pas vous ? Je suis né par un acte naturel, je ne peux que m’en émouvoir et rester fidèle a cette réalité.

La question de la protection et de l’impact sur l’environnement est omniprésente aujourd’hui. Comment l’intégrez-vous dans la vie de l’agence et sur vos projets ? Je ne cherche pas à faire de green washing. Si je travaille actuellement sur des projets visant à restreindre l’encombrement, le poids… Je travaille aussi avec des matières pérennes, pour créer des objets durables. Lorsque je dessine une table pour Ceccotti Collezioni ou un fauteuil dont le dessin et la facture laissent supposer une grande qualité d’aucun ne se débarrassera de ces objets comme on pourrait le faire d’une armoire Ikea.  Mais je pense que les vrais enjeux environnementaux ne sont pas à l’échelle des  designers, à qui il est souvent demandé de tout solutionner. La vraie démarche environnementale doit se faire au niveau des plans d’urbanisme des villes, des industries, l’échelle est géopolitique. Les designers ne peuvent que prospecter, interroger et sensibiliser, dans ce sens et accompagner ce mouvement, mais ces efforts seront  ridicules si les mentalités économiques et politiques ne changent pas.

Avoir été élu « Créateur de l’Année » en 2007, je suppose que ce fut un excellent tremplin pour la suite ? C’est agréable de recevoir un prix, c’est l’expression d’une certaine reconnaissance pour un travail effectué,  mais ce n’est pas une finalité, et c’est encore moins un objectif ! C’est vrai que ça a du participer à un certain développement, mais pas autant que la réussite d’un projet.

Y a-t-il un projet dont vous rêvez ? Un projet manifeste, que je commence à peine et qui va me prendre beaucoup de temps dans les prochains mois. Un projet qui vise à effacer les murs de l’architecture classique occidentale dans laquelle nous évoluons directement ou dans son sillage indirect, en reconnectant notre environnement naturel extérieur et nos espaces intérieurs par l’objet.

© photo : D.R

www.neonata.fr