Bonjour Luca, pouvez vous vous présenter à nos lecteurs? Je suis né à Zurich en 1966, enfant de parents immigrés italiens. Contrairement à d’autres familles immigrées, mes parents n’ont jamais songé à rentrer en Italie. Une fois ma scolarité terminée, j’ai appris le métier de charpentier, mais sans jamais vraiment m’enthousiasmer pour cette profession.C’est à l’âge de 25 ans, après un deuxième apprentissage, que je suis devenu photographe professionnel.

Racontez-nous un peu votre parcours photographique… Comment avez-vous découvert la photo ? Vous êtes passionné depuis toujours par cette activité ? Oui, j’étais passionné depuis mon enfance. J’avais l’habitude de feuilleter les catalogues de grands magasins. Ce qui m’a toujours fasciné, c’était le choix des cadres, la capacité de saisir un instant donné, l’approche de la lumière, la réflexion esthétique. A l’âge de 8 ans, j’ai reçu mon premier appareil photo, un Agfa, et j’ai commencé à prendre des clichés. Il s’agissait d’un des plus beaux cadeaux de mon enfance.

Parlez-nous un peu de votre manière d’organiser les shootings… (Préparation, idées, lieux…)… Pour mes travaux artistiques, j’établis un concept, puis je réfléchis sur les motifs. Je fais des recherches, je lis des journaux, je consulte l’internet, je mène des entretiens, et puis je choisis les décors. Le plus laborieux, c’est de recevoir les permis pour me rendre dans ces lieux… parfois il s’agit d’un coup de téléphone, parfois, ça peut durer deux ans. Pour les shootings, j’y vais deux fois. La première, je fais des images préliminaires, puis je reviens pour les photos définitives      Vous avez plusieurs domaines de prédilection mais les séries sur les lieux attirent particulièrement l’attention notamment celle sur les lieux d’énergie .

Pourquoi avoir choisi ce thème ? Comment s’est déroulé ce projet ? L’idée m’est venue il y a deux ans. L’énergie me fascinait depuis toujours. Quand j’étais enfant, c’était   l’époque de la crise pétrolière et des mouvements antinucléaires. Les problèmes liés à l’énergie faisaient quotidiennement la une des journaux. Depuis cette tendance ne s’est jamais affaiblie. L’énergie est omniprésente. Elle se retrouve dans tous les aspects de notre vie moderne. En outre, les processus de la production d’énergie me passionnent. Cette notion constitue le cœur de ma recherche.

Ce sont des lieux auxquels nous n’avons jamais accès et qui sont donc méconnus du grand public. Vous arrivez à travers vos clichés à nous les faire découvrir et à les rendre captivants. Est-ce une manière artistique de passer de la peur à la fascination, de donner une autre vision au public ? Les centrales nucléaires et hydroélectriques, les aires de stockage définitif et les autres bâtiments d’énergie peuvent intimider un visiteur et, en même temps, le fasciner. Ils semblent appartenir à une autre planète : un monde souterrain, insaisissable et sous haute protection auquel peu de gens ont accès. Mon intention est de rendre ces lieux visibles et de porter sur ces centrales énergétiques un regard artistique libéré de la pesanteur technique qui régit ces univers. Dans ce processus, l’information en tant que telle passe au second plan. Il s’agit plutôt de photographier des perspectives, des couleurs et des formes. Ce que je cherche, c’est la dissolution de la technique dans l’esthétique.

L’énergie et le pouvoir sont deux choses qui vous fascinent particulièrement ? L’énergie et le pouvoir sont des facteurs omniprésents qui déterminent notre vie. Mon but est d’apporter un point de vue original sur ces endroits inaccessibles qui pourtant régissent notre quotidien. Pour l’énergie ma démarche est intérieure. Je pénètre le cœur des centrales et je les dépeins entre quatre murs comme un visiteur fasciné. Pour les salles de pouvoir, ma démarche est inverse. Je prends possession du siège présidentiel et me tourne vers l’extérieur. Ainsi, je donne à voir le contre-champ du pouvoir, une autre perspective méconnue qui néanmoins influence notre vie.

Quel est votre programme pour les mois à venir ? Pour un photographe indépendant, les mois et même les semaines à venir sont difficiles à planifier… J’ai des expositions à venir, par exemple à Lyon. En même temps, je poursuis mes recherches pour les projets susmentionnés. Mais je déborde également d’idées pour de nouveaux projets… Dans l’immédiat, je me concentre sur l’Énergie et le Pouvoir.

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