C’est en faisant un tour aux Rencontres d’Arles cet été que nous avons découvert le travail de Thomas Jorion. Instantanément séduits par ses clichés, nous avons décidé de lui poser quelques questions.

Bonjour Thomas, pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ? Je suis un photographe de 34 ans, nouveau venu dans le métier puisque je me suis «professionnalisé » il y a moins d’un an. Mon histoire avec la photo ne date pourtant pas d’hier puisque je la pratique depuis 1996 (date de l’achat de mon premier reflex). À l’époque j’étais étudiant en droit et je tirai moi-même mes photos sur papier avec un agrandisseur acheté d’occasion. Depuis les choses ont évolué…

Comment s’est déroulé votre parcours jusqu’à devenir photographe professionnel ? Pourquoi avoir choisi ce métier ? L’année dernière j’ai réalisé qu’il fallait se lancer si je ne voulais pas regretter toute ma vie « de n’avoir pu être photographe » et de ne pas avoir pu vivre ma passion jusqu’au bout. Mes études et mon parcours ne me prédestinaient pas forcément à ça, mais j’ai toujours eu la photo en moi, alors j’ai quitté un travail pour me consacrer à ma passion. J’ai eu, bien évidemment, quelques doutes au début, mais heureusement mes proches et ma femme m’ont soutenu. Depuis j’effectue régulièrement des expositions (Mac Paris, Lille Art Fair, Exposition lors des rencontres photographiques d’Arles en 2010) et vends régulièrement des photos par le biais de galeries ou d’expositions. J’exerce aussi mon art pour des taches plus alimentaires (photos sur le tournage d’une émission télé – d’un salon de bijoutier…), mais l’essentiel de mes revenus provient tout de même de la vente de mes photos.

Parlez-nous un peu de votre manière d’organiser les shootings… (préparation,  idées, lieux…) La préparation d’un voyage prend au moins autant de temps que le voyage en lui-même, si ce n’est plus dans le cas d’un pays comme le Japon. Je décide d’une destination après avoir vu plusieurs lieux qui me paraissent intéressants. Je détermine ces lieux suivant différentes origines ; contacts, internet, veille économique. Pour la partie shooting, je ne m’impose pas de règle, je suis mon inspiration. Comme je rentre toujours dans ces lieux par mes propres moyens, je n’emporte que le matériel minimum : pied photo et appareils. Je n’utilise jamais d’éclairage d’appoint, il faut donc composer avec la lumière du moment. C’est peut-être ça qui fait l’originalité de mes photos.

L ’ « urbain » est un thème que vous privilégiez particulièrement… pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Je crois que l’on finit toujours par photographier ce que l’on a sous les yeux. Dans mon cas, j’ai toujours vécu à Paris ou en banlieue.J’aime beaucoup la nature, mais pour moi c’est une distraction pas une source d’inspiration.J’aime imaginer la ville comme un terrain de jeu sans limite. Lorsqu’on pénètre dans un immeuble abandonné qui fait 35 étages et que l’on peut en visiter tous les recoins, on a un peu le sentiment d’être le maître des lieux. Je pense qu’on en éprouve une sorte de liberté. Quoi qu’il en soit, je me sens profondément rat des villes. Alors forcément même lorsque je sors de ma série je produis des images en lien avec l’urbain.

Votre série « Atmosphere » que vous avez réalisé dans plusieurs pays est fascinante. Comment avez-vous découvert tous ces lieux abandonnés ? Cette série a demandé beaucoup de travail de recherches, de contacts et aussi un peu de chance. Pris dans son ensemble, je réalise que cela représente beaucoup de lieux et de voyages. Mais la série s’est montée naturellement petit à petit. La découverte de chaque lieu est différente. Certains sont assez connus, même par des gens qui s’intéressent peu au sujet : Détroit, Hashima (Ile minière Japonaise abandonnée). Les trouver n’est pas très compliqué.

D’autres nécessitent plus de recherches (google earth, analyse d’images, contacts), c’est presque une course au trésor ! C’est donc parfois une émotion supplémentaire d’arriver dans un lieu que l’on observe depuis des mois.

Un vieil entrepôt déserté et détruit aurait sans doute peu d’intérêt pour la plupart des gens mais à travers vos clichés, vous arrivez à les sublimer, à leur donner un côté captivant et mystérieux. Etes-vous particulièrement attiré par leur histoire et le passage du temps ? Dans un premier temps c’est plutôt l’esthétique du lieu qui m’attire.Mais on est forcément rattrapé par l’histoire du site à un moment ou un autre. C’est toujours fascinant d’imaginer les vies qui se sont déroulées dans ces endroits. Souvent la recherche que je peux faire sur l’origine ou l’histoire du lieu arrive bien après sa découverte ou même sa visite. Parfois les informations sont très sommaires, alors on se raconte sa propre histoire. Et plus le bâtiment est vieux et plus on rêve.

Certains objets (comme les chaises ou les lampes) paraissent avoir résisté au temps, ils sont je suppose des éléments essentiels pour vos prises de vue ? Effectivement je concentre mes recherches sur des lieux où il reste des traces de vie ou de travail. On se raconte plus facilement une histoire avec ces traces. L’oeil se promène dans la photo à la découverte des objets. C’est plus dur de réaliser une belle image avec seulement des murs vides. Il faut alors jouer avec la lumière pour l’habiller. Dans le cas où il y a du mobilier, cela permet aussi de s’amuser avec les règles classiques de la photo ; un premier plan, un second, etc. Néanmoins, je n’interviens jamais dans la composition de l’image. Je ne touche à rien, pour moi l’image fonctionne telle que je l’ai vue.

La photo du terrain de basket est impressionnante, avec son plancher complètement détruit… Effectivement c’est une belle image. C’est amusant que vous parliez spécifiquement de celle-ci car moi elle me fascine par sa construction. Les murs, le sol et le plafond rentrent parfaitement dans le cadre. Le plancher au premier plan vous attire. Le projecteur au plafond paraît attendre la fin de la prise de vue pour tomber. On est tout simplement aspiré par la perspective que produit l’ensemble.

Quel est votre programme pour les mois à venir ? Je suis content les choses évoluent positivement mois après mois. J’expose dans une galerie qui ré-ouvre ses portes à Perpignan en septembre et octobre. Je participe à Cutlog qui est un magnifique salon Off de la Fiac fin octobre. Puis je participerai à Mac Paris et au mois de la photo à Paris en novembre. Une belle expo à venir au printemps 2011 à la galerie M à Tokyo. Un premier livre qui est en cours de finalisation. Et il faut penser aussi à faire de nouvelles photos ! Bref mes journées sont bien occupées.

www.thomasjorion.com